CINQ

Jing Yi (Jenny) Yu, étudiante en pharmacie (II)


Une étrange nouvelle que j’ai reçue lors d’un appel téléphonique plus tôt ce jour. De toute façon, ce serait une folie de croire ce qu’un inconnu souhaite me dévoiler. Je ne devrais pas y songer davantage. Je longe le couloir, mes pas résonnant dans cette pièce envahie par la brume. Un mirage, peut-être. Cette pensée m’apaise. Après tout, ce qui n’est pas réel ne peut me faire mal. Dans un brusque coup de vent, la brume se dissipe, mes pensées sereines se voient violemment balayées par une tempête.

Je savais bien que mentir à soi-même ne pouvait pas durer si longtemps. Une solution illusoire et insensée, de la pure stupidité. La chaleur de la chambre m’engloutit, les flammes de la fournaise se tordent et ondulent, comme de petits farfadets qui se moquent de moi. À mesure qu’ils s’étirent et se déforment, leur rire strident me perce les tympans. Qu’importe votre nombre, aucun d’entre vous n’a pu le sauver. Sans vous, sans votre incompétence, il serait peut-être encore avec nous aujourd’hui. Tout est de votre faute, tout est de votre faute, tout est de votre faute… Vous méritez tous d’être punis pour cette injustice. Je saisis à l’aveuglette le vase le plus proche, laissant la brûlure mordre ma chair avant de le projeter de toutes mes forces. Il se fracasse contre ces silhouettes ricaneuses, la violente détonation assourdissant mes cris. Ou était-ce l’inverse?

Finalement, le silence se rétablit, le rouge vif des murs cédant à un gris sobre. Et si c’était aussi de ma faute? Il aurait pu être guéri. Je sais comment tout réparer. Mon regard se pose sur le balancier de la grande horloge, oscillant de gauche à droite, encore et encore, chaque va-et-vient heurtant le bois d’un tic-tac obsédant. J’immobilise le balancier de mes deux mains fermes, ignorant le métal qui se cabre, luttant farouchement contre ma prise. Et si nous l’avions découvert plus tôt, ne serais-tu pas encore ici? Mes yeux errent, distraits par un sablier aux grains fins et dorés, scintillant d’une beauté insolente. Sans hésitation, je le retourne, fixant avec obstination chaque graine de sable qui s’écoule dans le sens inverse. Je le ferais cent fois, mille fois, si cela pouvait simplement me permettre de l’avertir à temps. Si seulement….

Un rire las m’échappe alors que je m’affaisse sur le plancher, épuisée de toute force. Un sol si dur et froid, glaçant mes os, une douleur sourde diffusant à travers mon corps. Je ne peux même pas ciller, mon regard vide fixant les vagues qui envahissent la salle, flot après flot. Je sais bien que je devrais commencer à bouger si je veux m’en sortir. Mais en vaut-il la peine? Je suis tellement fatiguée. Je sais bien que je ne peux plus rien changer désormais. Le papier peint se décolle sous l’effet de l’humidité, même les cendres de la cheminée sont emportées par le courant, et l’horloge est entièrement submergée. Ah, c’est vrai, je suis aussi en train de me noyer. Je l’avais oublié, ou peut-être feignais-je de l’ignorer. L’eau cristalline remplit mes poumons alors que je ferme les yeux, me laissant somnoler pendant un très long moment.

Je rouvre lentement les yeux, les doux rayons du soleil baignant mon visage. L’herbe fraîche me picote les bras, comme un tapis de mousse douillet. Je ne sais pas combien de temps s’est écoulé. Mais ça n’a jamais rendu la réalité plus facile. Je reste allongée encore un moment, les mains serrées sur le bouquet de lis qui repose sur ma poitrine. Enfin, je me relève. Je traverse un sentier qui m’est devenu si coutumier au fil du temps, jusqu’à ce que je te repère. Finalement. Je dépose délicatement les fleurs devant ta tombe, parcourant du regard le nom qui m’est plus que familier, la date qui est aussi gravée dans ma mémoire. Je sais que tu veilles sur moi. Repose-toi bien, (re    dacted).


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=> Image générée par ChatGPT

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