Samuel Boutin, étudiant en pharmacie (III)
Tout récemment, j’ai eu l’opportunité d’effectuer mon premier stage à option en établissement de santé. Je précise qu’il s’agissait d’un stage à option, car nous avions le choix d’effectuer ce stage en pharmacie communautaire ou en établissement. Mon intérêt pour la pratique hospitalière et le fruit des discussions avec mes collègues détenteurs de la maîtrise en pharmacothérapie avancée (MPTA) m’ont définitivement poussé à faire ce choix afin d’explorer une branche de la pratique à laquelle nous sommes peu exposés dans les premières années du Pharm. D.
Étant originaire de « région » et souhaitant éviter le dépaysement des grands centres, j’avais sélectionné sur notre charmant UGO des hôpitaux régionaux éloignés. Ceux-ci m’offriraient, je l’espérais, un roulement plus acceptable pour un étudiant qui pataugeait pour la première fois dans un hôpital. Or, loin d’être original, les régions ont été prises d’assaut, ce pour quoi j’ai été catapulté dans le type de milieu que je redoutais : un grand centre tertiaire! Comble de malheur! J’ai dû passer par les sept stades du deuil en express, car ce stage approchait à grands pas et je ne pouvais pas me permettre d’y aller à reculons!
C’est ainsi qu’a débuté mon stage à l’Unité de Courte Durée en Gériatrie (UCDG) de l’Institut de Cardiologie et de Pneumologie – Université Laval (IUCPQ-UL), un stage qui, ultimement, s’est avéré hautement instructif et stimulant!
UCDG, qu’est-ce que c’est?
Avant d’être parachuté à l’UCDG, j’avais une compréhension très approximative du rôle de cette équipe dans nos établissements de santé. Elle constitue un point pivot central dans le rétablissement et la réorientation de nos aînés qui ont connu un déclin important de leur condition préalablement à leur admission [1]. Même si certaines maladies (p. ex. la démence) ont une grande prévalence chez ces populations vulnérables, l’UCDG est habitée par des aînés aux parcours de vie distincts, ce qui rend notre expérience d’autant plus enrichissante. L’unicité et la complexité propres à chacun d’eux font de l’UCDG un terrain de jeu parfait pour les étudiants de 3e année, comme moi, qui s’initient aux polypharmacies complexes. De plus, la pratique de la pharmacie s’inscrit dans un continuum avec l’équipe multidisciplinaire (la « multi »), ce qui nous offre, en tant qu’apprenants, un accès privilégié aux divers champs de pratique et à l’intersectionnalité de ceux-ci.
UCDG, un milieu d’apprentissage dynamique
Bien que chaque établissement ait ses propres spécificités, l’UCDG de l’IUCPQ-UL est un lieu de formation pour divers professionnels de la santé. Pendant mon stage, j’ai eu l’occasion de travailler en étroite collaboration avec des externes, des résidents en médecine, des étudiants en sciences infirmières, des étudiants en nutrition et plus encore. En tant qu’étudiant en pharmacie, c’est d’autant plus stimulant, car cette étroite collaboration nous permet de nous distinguer et de faire connaître la valeur ajoutée du pharmacien dans le continuum de soins des patients. Autant j’ai appris d’eux, autant je suis convaincu qu’ils en auront appris de moi.
L’UCDG offre également un contexte de soins distinct par rapport à d’autres unités de soins, telles que l’urgence ou les soins intensifs, où s’orchestrent des soins « critiques » et où les choses peuvent se compliquer rapidement. Malgré les admissions et les départs, nous sommes confrontés à des patients relativement stables qui sont hospitalisés pour quelques jours, voire quelques semaines, ce qui réduit considérablement la pression d’agir rapidement. En ce sens, la personne étudiante a pleinement le temps de se pencher sur les dossiers et d’approfondir sa compréhension du contexte d’hospitalisation des patients à sa charge. La patientèle gériatrique est également polymorbide et polymédicamentée, ce qui constitue un terrain fertile pour mobiliser tous nos acquis des dernières années.
Sinon, de manière plus générale, les stagiaires en établissement de santé ne sont pas attribués à un CEC unique, ou du moins, ce n’était pas mon cas. Au cours de mon stage, j’ai eu l’occasion de côtoyer quatre pharmaciens qui ont tous et toutes un parcours différent et des spécialités différentes. Bien qu’ils aient un intérêt commun pour la gériatrie, ils avaient tous leurs niches respectives, ce qui a rendu nos discussions d’autant plus stimulantes. Ce sont également des spécialistes de leurs domaines respectifs, ce qui signifie que c’est l’occasion parfaite pour parfaire nos connaissances et éclaircir certaines notions plus nébuleuses. De plus, j’ajouterais qu’il peut être très édifiant de discuter d’un même cas avec plusieurs pharmaciens, car ça nous expose à divers raisonnements cliniques! C’est important de garder en tête qu’il n’y a généralement pas de réponse unique, donc tout dépend du raisonnement qui motive notre décision.
UCDG, une immersion dans la complexité du vieillissement
Mon passage à l’UCDG a été parsemé de situations marquantes qui teinteront assurément ma pratique future. Indéniablement, la pratique en gériatrie nous expose à l’hétérogénéité des processus de vieillissement. D’une part, c’est débilitant d’observer, en si peu de temps, des patients prendre du mieux et d’autres dépérir à vue d’œil. D’autre part, c’est tout aussi débilitant d’être témoin de maladies à déclin plus lent, telles que la démence et ses symptômes comportementaux et psychologiques (SCPD).
C’est d’ailleurs cette dernière réalité qui m’a particulièrement ébranlé. Généralement, en pharmacie communautaire, nous avons parfois affaire à ces patients, mais la plupart du temps, nous interagissons avec leurs représentants légaux, leurs proches ou l’équipe de la résidence. Ainsi, nous voyons la démence dans la lunette de l’apprenant, mais nous y sommes que très peu confrontés. En ce sens, à l’UCDG, j’ai été amené à interagir avec ces patients et à les voir évoluer dans leur milieu de vie temporaire et c’est à ce moment que j’ai pu constater ce que j’appelle affectueusement les « fifty shades of dementia ». Selon le degré de l’atteinte, certains sont aptes à tenir des conversations très cohérentes, mais certains éléments subtils trahissent leur condition. D’autres tiennent des discours décousus, voire délirants. D’autres sont d’un mutisme complet. C’est donc une expérience hautement déconcertante, car nous devons décortiquer le « vrai » du « faux » et moduler nos conduites pharmaceutiques en conséquence, sans trop avoir de bases solides!
Pour illustrer mon propos, j’apporte l’exemple d’une dame nonagénaire avec qui j’ai pu avoir une discussion somme toute cohérente et qui répondait adéquatement aux différentes questions que je lui posais. Elle parvenait notamment à me décrire sa douleur et son séjour à l’hôpital. D’un regard externe, l’aspect cognitif n’était pas si flagrant que le laissaient paraître les notes au dossier. Or, j’ai eu droit à une belle surprise lorsque je lui ai demandé : « Avez-vous des questions pour moi? » En effet, sa réponse fut : « Quand est-ce que mes parents vont venir me chercher? » J’étais pris de court, déstabilisé par cette question et j’ai dû prendre quelques instants pour réfléchir à une réponse qui ne serait pas trop percutante pour cette patiente visiblement fragile. Ultimement, j’ai habilement expliqué à la dame que sa famille (en l’occurrence son fils et son mari) serait là pour venir la chercher aussitôt que le médecin signera son congé d’hôpital. J’ai instantanément observé un apaisement du faciès, donc j’ai pu quitter la chambre sans tracas.
En conclusion, vous l’aurez compris, je ne regrette aucunement mon choix, soit celui d’avoir choisi le module de stage 3.3 en établissement de santé. J’encourage fortement les indécis à le considérer, car c’est un accès privilégié à une pratique connexe, mais diamétralement opposée à celle que l’on côtoie depuis le début du Pharm. D. C’est une occasion unique de mettre à profit nos connaissances dans des dossiers plus complexes, tout en ayant accès à une mine d’informations pour améliorer notre compréhension et renforcer nos recommandations en matière de médicaments. Si vous songez à vous inscrire à la MPTA, c’est aussi une opportunité non négligeable de côtoyer les résidents en pharmacie et d’avoir des discussions approfondies sur les avenues aux termes du doctorat de premier cycle.
Références:
[1] Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec [En ligne]. Trois-Rivières (QC) : CIUSSS MCQ; c2026. C’est quoi une unité de courte durée gériatrique (UCDG). c2026 [consulté le 31 mai 2026]; [environ 3 écrans]. Disponible : https://ciusssmcq.ca/soins-et-services/rendez-vous-examen-et-hospitalisation/hospitalisation/unite-de-courte-duree-geriatrique-ucdg
=> Image générée par ChatGPT

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