AUTOPSIE D’UNE PHRASE

Sarah Zaiet, étudiante en pharmacie (II)


Au commencement, rien ne semblait altéré

dans la syntaxe de son existence.

Chaque fonction répondait à une grammaire implicite,

chaque geste s’inscrivait dans une phrase continue,

fluide,

où les organes jouaient leur rôle

comme des mots parfaitement accordés.

Il vivait dans cette cohérence silencieuse,

dans cette ponctuation invisible qui organise

sans jamais se montrer,

sans soupçonner qu’au cœur même de cette structure,

une fautte s’étaient déjà inscrites.

Ce n’était pas une erreur visible.

C’était une faute

grammaticale

profonde

rofond

ofon

fo

f

Quelque part,

dans l’écriture microscopique de ses cellules,

une séquence s’était déréglée et

répétée

          répétée

                    répétée

non pas supprimée,

mais répétée avec une insistance aberrante, comme un mot mal conjugué

que le corps n’arriverait plus à corriger.

La phrase biologique continuait,

mais elle portait désormais en elle une discordance, une anomalie qui se propageait à mesure qu’elle se réécrivait.

Au début,

le texte tenait encore.

Le corps relisait sans voir,

corrigeait sans corriger,

intégrant la faute

comme une variation tolérable.

Mais la répétition s’intensifiait.

Les mots se dupliquaient,

les segments se multipliaient,

et la syntaxe se chargeait d’excès,

::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::::

comme si la phrase refusait désormais

toute ponctuation finale.

 C’était une phrase sans point

Les cellules proliféraient comme des fragments de texte mal maîtrisés, s’agrégeant en blocs compacts, en paragraphes saturés.

╔═══════════════════════════════╗

║qui rendaient illisible ce qui ║   ║                               ║

║          l’entourait.         ║

╚═══════════════════════════════╝

Une masse s’est constituée

non pas comme une rupture,

mais comme une surcharge de langage, une accumulation

qui débordait des marges prévues.

Le corps a commencé à hésiter

dans sa propre lecture.

Une fatigue s’est installée,

D   i   f   f  u   s   e,

comme si chaque mot demandait

un effort supplémentaire

pour être prononcé.

Une douleur revenait,

régulière,

          comme une faute

          que l’on repère

          sans jamais parvenir

          à la corriger.

L’appétit se modifiait,

les repères se déplaçaient

et tout cela ressemblait

à un texte

quise        

  décompose           

    lentement,

      phrase

        après

          phrase.

Alors on a tenté de lire autrement.

On a ouvert le corps

comme on ouvre un manuscrit difficile,

en traduisant ses profondeurs

en images,

en contrastes,

en annotations médicales

qui tentaient de donner sens

à ce qui échappait encore.

Les pages internes se révélaient fragmentées, marquées de

Zones d’opacité

de densités anormales,

comme si certaines phrases

s’étaient écrites

en trop grand,

en trop lourd,

en trop i n s i s t a n t.

Et le langage s’est durci.

On ne parlait plus d’inconfort,

mais de prolifération anarchique,

de croissance incontrôlée,

d’infiltration.

Les mots n’étaient plus des hypothèses :

          ils devenaient

               des VERDICTS.

Alors on a tenté d’effacer.

On a introduit dans son corps

des substances capables de raturer,de barrer ////////////////////////////////

de supprimer ce qui se répétait trop vite xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Mais ces corrections

n’avaient pas la précision

d’un geste délicat.

Elles rayaient des lignes entières,

effaçaient sans distinction,

laissant derrière elles

un texte troué,

frag_lisé,

diff_cil_ à rec_nstr_ire.

Son corps est devenu

█████████████████████████████

█                           █

█   un brouillon violent    █

█                           █

█████████████████████████████

Ses cheveux sont tombés

comme des mots effacés en MASSE,

sans nuance.

,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,,


Sa fatigue s’est épaissie,

comme si chaque phrase

qu’il tentait encore de vivre

pesait

          trop

                    LOURD

                               pour être portée

                                                   jusqu’au                 bout.

Son reflet lui-même

s’est mis à diverger,

comme une version corrigée à l’excès, méconnaissable, altérée.

Et il y avait les larmes.

Pas celles qui surgissent

d’un choc immédiat,

mais celles qui s’écrivent lentement,

qui montent comme une encre trop pleine,

débordant des marges

qu’il s’efforçait encore de maintenir.

Et pourtant,

il continuait à écrire.

Il poursuivait la phrase,

malgré les ratures,

malgré les interruptions,

malgré cette sensation

que chaque mot

pouvait être le dernier

ou le trop.

Mais la faute persistait.

Car ce qui se produisait

n’était pas une erreur extérieure,

ni une simple maladresse passagère.

C’était son propre corps

qui avait cessé de respecter

les règles

qu’il avait lui-même établies.

Le texte ne formait plus un tout.

Il se répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait, répétait,

se contredisait,

s’étendait

jusqu’à saturer son propre sens.

Et alors,

dans cette illisibilité croissante,

tout s’est réorganisé

en une seule compréhension,

irréfutable :

chaque duplication,

chaque masse,

chaque rature

participait d’un même dérèglement fondamental.

Ce n’était pas une simple faute.

Ce n’était pas une phrase maladroite.

C’était une écriture qui détruisait

ce qu’elle tentait de dire.

                       C’était

                       le cancer.

** les erreurs grammaticales et syntaxiques dans ce texte étaient volontaires**


Référence:

=> Image générée par ChatGPT

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