Jordan Pépin, étudiant en pharmacie (III)
Qui, ici, rêve d’une bonne nuit de sommeil? Quelle question stupide, mes chers amis, mais tout le monde enfin! En effet, beaucoup de personnes sur cette planète ont le sommeil perturbé et ce n’est sûrement pas tous à cause d’un mauvais rêve comme celui où le bonhomme Carnaval vous pourchasse et vous tire des balles de neige. Je crois que les gens qui font ce type de rêve devraient penser sérieusement à réduire leur consommation de drogues hallucinogènes😊!
Ceux qui ont des problèmes de sommeil ont généralement des problèmes de santé concomitants qui viennent perturber cet état de repos où nos batteries sont censées se recharger. On pense, bien entendu, à l’anxiété, état où le hamster n’arrête pas de faire tourner dans la roue qu’est notre cerveau, à la dépression, état de mal-être intérieur où nous n’avons plus de motivation pour faire quoi que ce soit, et à la douleur causée par différents problèmes de santé, comme l’arthrite et les métastases des patients cancéreux, par exemple. Tout ce que je viens de décrire appartient au continuum que l’on dit de l’insomnie secondaire, soit un problème de sommeil avec une cause identifiable.
Ce dont je veux parler dans ce texte est plutôt de troubles du rythme circadien, une cause fréquente de problème de sommeil qui est plus difficile à identifier.
Ici, je m’attarderai sur deux outils bien connus, mais peut-être pas très bien utilisés, soit une hormone naturellement présente dans le corps et une substance qui voyage à 300 000 km/s, soit la lumière.
Analogie
Pour commencer, je voulais faire une comparaison historique entre la façon de s’endormir des hommes des cavernes et celle de l’homme moderne. Il y a plusieurs milliers d’années, l’homme des cavernes vivait à l’extérieur et sa vie était dictée par le lever et la tombée de notre astre solaire. En effet, ce dernier s’endormait quand le soleil se couchait et se réveillait lorsque ce dernier se levait.
Aujourd’hui, l’homme moderne est confronté à un problème de taille. Il est de moins en moins exposé à la lumière naturelle émise par la boule de feu qui est le centre de notre galaxie. Bien sûr, il dort bien souvent à l’intérieur et s’expose continuellement à de la lumière artificielle avant de s’endormir, ce qui affecte sans le vouloir son sommeil.
Comme on peut le voir par cette comparaison, le corps humain et l’évolution de celui-ci se sont faits de manière très intelligente. Si tu ne vois rien, c’est possiblement, car c’est inutile de te laisser réveiller, car tu n’as aucune action pertinente à accomplir. D’autre part, quand il y a présence de lumière, tu vois ce que tu es capable d’accomplir, donc ton corps s’active et peut vaquer à ses tâches. Nous verrons le brillant système qui rend cela possible.
Système circadien
Afin de mieux comprendre les approches thérapeutiques qui seront vues par la suite, nous ferons deux zooms successifs sur le corps humain pour voir où toute cette magie opère! Le premier zoom sera fait sur le cerveau et nous nous concentrerons plus spécifiquement sur l’hypothalamus.
L’hypothalamus est une sorte de tour de contrôle qui assure diverses fonctions de régulation dans le corps, dont celle de la soif, de la faim, de la température, de la sécrétion d’hormones et enfin celle qui nous intéresse, soit le sommeil. En effet, l’hypothalamus est divisé en plusieurs noyaux qui assurent chacun une fonction distincte.
En effet, la partie plus spécifique de l’hypothalamus qui a pour fonction le sommeil est le noyau suprachiasmatique qui sert à ajuster le rythme circadien du corps en fonction de la lumière et de l’obscurité perçues par l’œil.
Pour expliquer en détail ce trajet, commençons par le commencement, soit la baisse de la luminosité captée par la rétine. Une fois la rétine atteinte, la lumière poursuit son chemin vers le noyau suprachiasmatique discuté précédemment. Par la suite, le signal nerveux ainsi produit se rend jusqu’à la glande pinéale qui produit la fameuse mélatonine à partir d’un neurotransmetteur bien connu qu’est la sérotonine que nous découvrirons plus en détail dans le chapitre suivant.
Mélatonine
Sleep is simply a chemical change in our brain and body (melatonin) – It’s not a place we go, it is a state of being that we fall into.
-Bill Crawford
Aujourd’hui, cette molécule est plutôt connue comme une sorte de supplément vendue en gros format dans les pharmacies, mais elle est originalement une hormone (et elle l’est toujours!) produite par le corps pour réguler le sommeil. Mais de quoi peut-il bien s’agir?
Et bien oui, je faisais bien sûr référence à la fameuse, seule et unique mélatonine. Pas très surprenant, c’était écrit dans le titre en haut, mais maintenant trêve de plaisanterie!
Tout d’abord, je souhaite aborder un fait que je trouve déplorable soit la banalisation, selon moi, de l’utilisation de cette substance comme aide-sommeil, et ce, à toutes les sauces. En effet, du haut de ma courte expérience en pharmacie, j’ai remarqué que c’était un produit très largement consommé par les enfants et surtout par les personnes âgées. Concernant le 2e groupe, je remarque qu’on essaie souvent cette molécule, car on souhaite éviter les benzodiazépines qui ont un impact nocif sur la mémoire, la cognition, les risques de chute et détériorent même la qualité du sommeil chez nos personnes âgées. Je comprends l’argument selon lequel ’on souhaite éviter des molécules en prescrivant quelque chose qui est, selon nous, à faible risque. Je veux ici simplement rappeler les bons usages de la mélatonine et que, bien souvent, un meilleur sommeil passe par de meilleures habitudes de vie et accessoirement de sommeil.
Les seules indications qui méritent réellement une prise quotidienne de mélatonine sont les patients qui éprouvent un déficit en mélatonine et les travailleurs de nuit. Premièrement, les patients qui éprouvent un déficit naturel en hormone sont généralement âgés de 50 ans et plus. Pour ce genre d’indication, il n’est généralement pas nécessaire de donner de très grosses doses, car l’endormissement survient avec des doses aussi faibles que 0,1 à 0,3 mg/jour d’une formulation à libération immédiate.
Du côté du travail nocturne, il faut seulement s’assurer de la prendre une heure avant de se coucher pour avoir une diminution de la somnolence diurne et une augmentation du temps de sommeil. Dans la méta-analyse citée, on mentionne une efficacité qui plafonne avec une dose de 5 mg au niveau de la vitesse d’endormissement et de la qualité du sommeil.
Pour terminer, du côté du décalage horaire, il sera pertinent d’utiliser de la mélatonine quand on traverse cinq fuseaux horaires et plus, bien que certains affirment que deux fuseaux seraient suffisants pour affecter considérablement le sommeil. Encore une fois, on affirmait que 0,5 mg et 5 mg étaient efficaces, mais que la vitesse d’endormissement et la qualité du sommeil étaient meilleures.
Pour enchaîner avec un autre volet, il est également à noter qu’il existe plusieurs interactions médicamenteuses avec la mélatonine, dont certaines ne sont pas banales. Je pense à :
- Alcool : Diminue la production naturelle de la mélatonine et augmente l’effet de somnolence de l’alcool.
- Benzodiazépines : Effet sédatif additif
- Warfarine : Augmentation du risque de saignements
- Médicaments induisant le CYP1A2 et le CYP2D6 (interactions pharmacocinétiques)
- Antihypertenseurs : peuvent causer de l’hypotension
- Contraceptifs oraux : augmentation des concentrations de mélatonine
Évidemment, je pense que cela est très important en tant que futurs pharmaciens de porter attention à cela avant de servir cela à une personne âgée polymédicamentée sans faire de vérifications au préalable.
En espérant vous avoir éclairé pour mieux conseiller cette molécule précieuse produite par le corps humain!
Luminothérapie
Que la lumière soit et la lumière fut.
– Genèse 1:3 (attribué à Dieu)
La lumière, quelle substance mystérieuse, n’est-ce pas ? En effet, l’humain plongé dans le noir a généralement peur et cela le paralyse. Évidemment, quand on est enfant, nous craignons le noir, je souhaite vous montrer ici que la lumière et même l’absence de lumière sont essentielles dans notre vie. Dans certains cas, certains problèmes d’insomnie peuvent être réglés par la lumière. Certains chercheurs ont eu la brillante idée d’utiliser la lumière dans le traitement de la dépression saisonnière, car ils ont remarqué que ces personnes avaient des taux plus faibles de mélatonine. Cette innovation thérapeutique qu’est la luminothérapie est ma découverte que je vous présenterai dans ce chapitre.
Tout d’abord, cette forme de traitement est généralement menée à l’aide d’une lampe conçue spécialement pour cet usage. Il est possible d’avoir des lampes avec différentes intensités lumineuses, mais le standard est généralement 10 000 lux. Pour cette intensité lumineuse, la durée standard de traitement est de 30 minutes; cette durée varie effectivement en fonction de l’intensité lumineuse. Cette durée est parfaite pour joindre l’utile à l’agréable en consultant ses courriels ou en lisant un livre, par exemple, car il ne faut pas fixer directement la source de lumière. Généralement, nous devons être placés à 20 à 30 cm de distance de l’appareil pour en tirer les bénéfices optimaux.
Pour avoir une exposition optimale à la lumière, il est en général demandé dans le manuel du fabricant de placer l’appareil à une certaine distance pour bénéficier de la source lumineuse de façon optimale. Il faut également tourner son visage vers la source de lumière, mais éviter de la fixer, pour ne pas avoir de problèmes au niveau de l’œil. Pour contourner ce problème, certaines personnes mentionnent qu’orienter la lampe vers le bas à 30 degrés serait aidant.
Évidemment, il y a certaines précautions à prendre avant d’envisager un tel traitement. Pour commencer, ce traitement n’a pas été étudié chez les nouveau-nées, donc il faut l’éviter dans ce cas pour éviter de leur causer des dommages rétiniens. Du côté des problèmes oculaires, il vaut mieux valider avec son spécialiste en santé oculaire avant de débuter ce traitement. Il faut également être prudent avec le lupus érythémateux qui rend la peau très sensible à la lumière et il faut individualiser le traitement en cas de prise de médicaments photosensibilisants. En terminant, les personnes souffrant de troubles bipolaires doivent faire appel à une grande prudence avec l’utilisation de cette technologie, car la lumière pourrait précipiter un épisode de manie avec les conséquences qui s’ensuivent.
Les effets indésirables attendus de ce genre de traitement peuvent être des maux de tête, une irritation de la peau ou de l’insomnie. Le premier peut être réglé en diminuant l’intensité lumineuse ou le temps d’exposition à la lumière. La même chose peut être faite pour l’irritation de la peau. Finalement, l’insomnie est généralement due au fait que la séance est effectuée trop tard en journée.
Concernant les principales indications de traitement pour la luminothérapie, nous retrouvons le syndrome d’avance de phase, de retard de phase et le syndrome hypernycthéméral. Les deux premiers correspondent tout simplement à un décalage par rapport à des heures de sommeil et de réveil normales. En effet, la personne souffrante d’un syndrome d’avance de phase se couche généralement avant 20 heures et se réveille en plein milieu de la nuit vers 3-4 heures du matin. Pour le syndrome de retard de phase, c’est la même chose, mais l’heure de coucher des personnes se situe entre 2 et 6h et le lever entre 10 et 14h. Pour le syndrome hypernycthéméral, il s’agit d’un problème où le rythme circadien a une période d’environ 25 heures plutôt que l’habituel 24 heures. Cela fait en sorte que le patient va être en alternance entre le phénomène d’avance et de retard de phase modifiant sans cesse son heure de coucher et de réveil tout au long de sa vie. Pour l’ensemble de ces problèmes, un effet après 4-5 jours de traitement est attendu si la technique d’utilisation de la lampe et les paramètres d’utilisation sont adéquats.
En espérant que ces informations vous mettent l’eau à la bouche pour tester ce type d’appareils!
Par ce texte, je souhaitais mettre en lumière la beauté et la mécanique bien huilée du corps humain qui fonctionne en adéquation avec son environnement. Comme illustré dans l’analogie présentée en introduction, le sommeil humain est fortement influencé par la présence ou l’absence de lumière. Évidemment, l’être humain a évolué pour fonctionner avec un cycle de lumière bien précis dicté par notre astre solaire. L’homme moderne, avec les commodités de la société moderne, a en quelque sorte perturbé ces cycles naturels que représente le rythme circadien. Cependant, l’humain est, j’ose le croire, un être intelligent capable d’apporter des solutions innovantes à ces troubles du rythme circadien. J’ai présenté, dans ce texte, la prise de l’hormone endogène mélatonine et la luminothérapie comme de possibles solutions. En attendant que mes rêves prémonitoires se concrétisent, et que chacun puisse s’endormir avec un bruit de scie mécanique dans les oreilles, je souhaite à tous et à toutes une bonne nuit!
Références:
Ahbar H. La mélatonine et ses dérivés : mécanismes, utilisations thérapeutiques et rôle du pharmacien d’officine dans l’accompagnement des patients [Thèse de doctorat en Pharmacie]. Bordeaux: Université de Bordeaux; 2020.
Breus M. Sleep Doctor: If You Wake Up At 3AM, DO NOT Do This! [Vidéo]. YouTube. 9 février 2026 [cité le 1er avr 2026]. Disponible sur: http://www.youtube.com/watch?v=pXlMKzcZlwM
Bruno I. Luminothérapie au quotidien. Paris: Hachette; 2012. 158 p. (Voies positives).
Cardinali DP. Neurobiology, Pathophysiology, and Treatment of Melatonin Deficiency and Dysfunction. Int J Mol Sci. 2019;20(13):3196. doi: 10.3390/ijms20133196. PMID: 31261817; PMCID: PMC6651152.
Carriedo-Diez B, Tosoratto-Venturi JL, Cantón-Manzano C, Wanden-Berghe C, Sanz-Valero J. The Effects of the Exogenous Melatonin on Shift Work Sleep Disorder in Health Personnel: A Systematic Review. Int J Environ Res Public Health. 15 août 2022;19(16):10199. doi: 10.3390/ijerph191610199. PMID: 36011833; PMCID: PMC9408227.
Herxheimer A, Petrie KJ. Melatonin for the prevention and treatment of jet lag. Cochrane Database Syst Rev. 2002;(2):CD001520. doi: 10.1002/14651858.CD001520. PMID: 12076414.
=> Image tirée de la bibliothèque de Word

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