LE GROUPE FACEBOOK EN MODE SILENCIEUX

Justin Baumber, étudiant en pharmacie (II)


Le soir du 26 mars 2026, je me suis lancé un projet personnel auquel je pense depuis très longtemps : un compte Instagram privé, pour moi seul, où je peux publier des vidéos suivant mon progrès à la guitare électrique afin d’y retourner dans quelques années et de constater tout mon progrès. Et donc, tard le soir, je publie mes premiers vidéos démontrant mon manque de talent musical incroyable et je vais me coucher, content d’avoir enfin trouvé un nom d’utilisateur qui était libre.  Le lendemain matin, je me fais réveiller par des centaines de notifications Facebook, et je me dis « ça y est, j’ai oublié de mettre mon compte en mode privé, et j’ai accidentellement percé dans le domaine de la musique ». Un jeune musicien canadien avec les initiales « JB » qui devient populaire sur les réseaux sociaux du jour au lendemain. Du jamais vu. Mais non, c’était le groupe Facebook des pharmaciens et pharmaciennes du Québec qui explose à la suite d’un autre changement controversé dans le domaine de la pharmacie.

            J’ai donc passé mon vendredi matin à me renseigner sur la situation concernant l’amendement au projet de loi 15, et à lire toutes les publications sur le sujet écrites par des pharmaciens passionnés avec beaucoup plus d’expérience que moi. J’en ai même parlé à mon père, qui me posait plein de questions auxquelles je n’avais pas la réponse. Donc, en constatant mon incapacité à bien expliquer la situation à mon père, dont l’expérience dans le monde de la pharmacie consiste à me faire des grimaces du fond de la rangée lorsqu’il passe récupérer ses médicaments et que je suis occupé avec un patient, je me suis dit que ce serait une bonne idée d’en parler dans un article de journal destiné à tous les étudiants en pharmacie. Peu importe ce que tu en penses par rapport aux changements apportés, il y a une chose de claire : ça m’a sauvé parce que je n’avais pas de sujet pour mon article, et je commence la rédaction la veille de la date de remise pour la correction, et la veille de l’examen de système nerveux II.

Le but de mon article n’est pas de décrire en détail l’amendement au projet de loi 15 et les impacts possibles ni de véhiculer mon opinion ni l’opinion de quiconque d’autre. Et ceci est principalement dû à une raison : je suis peut-être la personne la moins bien placée pour partager mon opinion. Moi, je suis en pharmacie parce que je trouve ça intéressant et j’aimerais bien pouvoir aider les gens un jour. Peut-être que c’est un défaut sur lequel je vais devoir travailler un jour, mais, pour le moment, je suis moins intéressé par le côté financier, le côté « optimisation des actes facturables » et le côté « je fais mon conseil en sept mots pour passer au prochain panier ». Et franchement, j’en sais très peu sur ce côté-là de la profession. Moi, ce qui m’intéresse, c’est analyser des dossiers complexes, prendre le temps d’expliquer des médicaments aux patients qui n’en savent rien en espérant rendre leur rétablissement un peu plus facile, et un jour accueillir des étudiants pour être le maitre de stage que j’aurais aimé avoir durant mon parcours. Bon, je songeais peut-être à devenir pharmacien-propriétaire un jour, mais l’idée est tombée à l’eau dès que j’ai appris dans nos cours de loi que les murs de la pharmacie devaient être d’au moins 2,13 mètres de hauteur. Je passe mon temps à faire mes cartes ANKI non pas parce que je veux devenir riche, ni parce que je veux changer le monde de la pharmacie, mais parce que j’ai travaillé avec des pharmaciens qui rentraient travailler le matin avec un sourire, qui faisaient leur possible pour aider les gens de leur quartier, et qui retournaient à la maison le soir pour continuer leur vie en dehors du travail. Et ça, je trouve ça inspirant. Cependant, depuis les deux ans que j’étudie en pharmacie, j’ai l’impression qu’il y a toujours quelque chose de nouveau qui amplifie la lourdeur sous laquelle les pharmaciens œuvrent déjà depuis des années. Et peut-être que c’est dramatisé, car ma vie tourne autour de la pharmacie en ce moment, mais j’ai l’impression de voir tranquillement disparaître les sourires de ces pharmaciens qui m’inspiraient tant il y a quelques années. Et comme étudiant en pharmacie qui y met tant d’efforts, parfois c’est décourageant de voir que tous les quelques mois, les pharmaciens déjà débordés doivent se mobiliser afin de se faire entendre. À devoir dépenser leur énergie pour se battre, au lieu de rentrer travailler le matin et de faire ce pour quoi ils ont consacré tant d’années d’études.

            Quelle est la solution? De mettre le groupe Facebook en mode silencieux? Je ne crois pas. Les pharmaciens et pharmaciennes se battent pour la profession dans laquelle on va mettre le pied d’ici les prochaines années, et ils méritent d’être soutenus. Peut-être que c’est d’aller travailler comme pharmacien d’hôpital? Certainement pas. Les hôpitaux me font peur.

Justin Baumber
Étudiant de phase 2
Future star de musique
Pas futur propio


Référence:

=> Image générée par Copilot

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