Maude Paré, étudiante en pharmacie (IV)
Le 26 février 2026, le CHU de Québec – Université Laval annonce la tenue d’une clinique gratuite et sans rendez-vous pour le dépistage du VPH. Dans la publication, il est indiqué que le service s’adresse à « toutes les personnes ayant un col de l’utérus âgées de 25 à 65 ans ». Quelques heures après la diffusion du message, certains politiciens dénoncent le choix des mots employés, affirmant que l’utilisation du terme « personnes » invisibiliserait les femmes. Cette réaction fait notamment écho à une motion adoptée en 2024 par l’Assemblée nationale, qui souligne l’importance d’employer le mot « femme » dans les communications publiques. À la suite de ces critiques, le CHU de Québec modifie sa publication afin d’y ajouter explicitement le terme « femmes ». Pourtant, l’expression « personnes ayant un col de l’utérus » permet de désigner l’ensemble des individus pouvant être concernés par ce dépistage, notamment certaines personnes transgenres ou non binaires. Personnellement, je ne me suis pas sentie invisibilisée, au contraire, j’ai apprécié l’approche inclusive du message. Selon moi, l’utilisation d’un vocabulaire inclusif en santé n’est pas matière à débat, c’est une nécessité.
Obstacles à l’accès aux soins pour les personnes LGBTQ+
Les personnes de la diversité sexuelle et de genre font face à des obstacles pour accéder à des soins de santé sécuritaires. Elles peuvent être victimes notamment de transphobie, d’homophobie ou de discrimination [1]. Elles sont également contraintes à devenir des spécialistes de leur propre santé, alors que cette responsabilité devrait plutôt être partagée avec la personne soignante. En effet, le manque de formation des professionnels de la santé sur les besoins spécifiques des personnes LGBTQ+ en matière de santé et de services sociaux entraîne des lacunes dans la pratique. Certains professionnels peuvent refuser d’offrir divers soins, se sentant insuffisamment qualifiés pour répondre à ces besoins [2]. Les personnes de la diversité sexuelle et de genre ont donc plus de difficultés à avoir accès à des services de première ligne. Sans formation, il devient également plus difficile en tant que professionnels de la santé de reconnaître ses propres biais inconscients, ce qui peut contribuer à perpétuer certains stéréotypes liés à l’orientation sexuelle, à l’identité de genre, à la culture, à l’ethnicité ou au statut social. Les expériences négatives vécues par les personnes de la diversité sexuelle et de genre peuvent prendre différentes formes : présomption de l’orientation sexuelle hétéronormative, présomption de l’identité de genre cisnormative, « mégenrage », utilisation du pronom antérieur, refus de soins, etc. De telles expériences de soins non sécurisants peuvent être traumatisantes, générer des sentiments de dévalorisation et nuire à la relation de confiance envers le système de santé [3].
Cette perte de confiance, combinée à la crainte de revivre des réactions négatives de la part de professionnels de la santé, peut dissuader de nombreuses personnes LGBTQ+ de consulter régulièrement et de participer aux programmes de dépistage du cancer [2]. Il est démontré que les personnes trans, non binaires et de diverses identités de genre sont moins susceptibles de passer des tests de dépistage du cancer que les personnes cisgenres [1]. Selon une étude menée au Canada auprès de personnes 2S/LGBTQ+, 54,5 % des femmes cisgenres avaient passé un test Pap au cours des trois dernières années, comparativement à seulement 26,3 % des hommes transgenres [4]. Puisqu’un dépistage s’adresse aux personnes asymptomatiques présentant un risque plus élevé de présenter le problème de santé, employer un terme qui inclut des individus de diverses identités de genre est d’autant plus pertinent. Si l’on se penche plus précisément sur le dépistage du VPH, la Société canadienne du cancer recommande d’effectuer ce test tous les cinq ans chez les personnes âgées de 25 à 65 ans ayant un col de l’utérus, peu importe leur identité de genre, et ayant déjà été sexuellement actives [1]. La formulation qu’avait employée le CHU de Québec permettait donc de rejoindre l’ensemble des personnes visées par cette recommandation. Alors, ma question est la suivante : pourquoi ne pas employer un terme qui permet d’inclure le maximum de personnes concernées, en plus de favoriser un climat d’inclusion au sein de nos services de santé et de veiller à la santé de la population?
Mieux outiller les professionnels de la santé
Prodiguer des soins de santé inclusifs permet de respecter, soutenir et valoriser les personnes de la diversité sexuelle et de genre, leurs expériences et leurs besoins [5]. Un bon point de départ serait d’intégrer une formation sur les besoins des patients LGBTQ+ dans les programmes universitaires de santé, tels qu’au Pharm. D. [6]. Cette formation permettrait aux professionnels de la santé d’être plus compétents dans les soins d’affirmation de genre, d’avoir une meilleure connaissance des enjeux de santé des personnes de la diversité sexuelle et de genre ainsi que de mieux communiquer avec cette patientèle. Employer un langage inclusif qui respecte le nom choisi par la personne, son identité de genre, ses pronoms et qui aborde avec respect les questions liées à la sexualité permet de créer un milieu de soins sécuritaire qui offre des services bienveillants [5]. Pour les prestataires de soins, il s’agit d’une responsabilité essentielle.
Faire de l’inclusion une norme Des articles décrivant la résistance de certaines personnes à employer un vocabulaire inclusif au sein de nos services de santé, malheureusement, il y en a, et il y en aura sans doute d’autres. Ce qui est dérangeant, c’est que l’on s’attaque à des mots qui cherchent simplement à faire en sorte que chacun puisse se sentir inclus, reconnu et respecté. Des mots qui peuvent pourtant améliorer la vie et la qualité des soins de certaines personnes. Ce ne sont pas les personnes de la diversité sexuelle et de genre qui rendent l’usage d’un vocabulaire inclusif lourd, mais plutôt les débats répétés autour de ces mots. À force de les contester, on finit par transformer un mot aussi simple que « personnes » en objet de controverse. Je rêve du jour où on arrêtera de s’attaquer à l’inclusion et où l’acceptation et la bienveillance deviendront simplement la norme.
Références:
[1] Société canadienne du cancer. En tant qu’homme trans ou personne non binaire à qui on a assigné le sexe féminin à la naissance, ai-je besoin de passer un test de dépistage du cancer du col de l’utérus? [En ligne]. Canada : Société canadienne du cancer; 2026 [consulté le 4 mars 2026]. Disponible : https://cancer.ca/fr/cancer-information/find-cancer-early/screening-in-2slgbtqi-communities/trans-man-or-nonbinary-person-assigned-female-at-birth-do-i-need-cervical-cancer-screening
[2] Pillar Patient Advocates. LGBT+ Barriers to Health Care [En ligne]. New Jersey (NJ) : Pillar Patient Advocates; 17 déc 2024 [consulté le 4 mars 2026]. Disponible: https://pillaradvocates.com/lgbt-barriers-to-health-care/#:~:text=These%20include%20factors%20like%20economic,and%20lack%20of%20economic%20opportunities.
[3] Mascle C, Militzer RF, Ramirez Garcia MP, Chbat M. Des soins d’urgence accessibles et équitables : vers une approche inclusive des personnes LGBTQI+ migrantes ou racisées. SOINS D’URGENCE [En ligne]. nov 2025 [consulté le 4 mars 2026];6(2) :16-22. Disponible : https://aiiuq.qc.ca/wp-content/uploads/2025/11/SU-AIIUQ-AUTOMNE2025-04-WEB.pdf
[4] CRBC. Qu’est-ce qui entrave ou facilite l’accès aux tests Pap des personnes 2S/LGBTQ+ [En ligne]. Vancouver (BC) : CRBC; 4 mai 2023 [consulté le 29 mars 2026]. Disponible: https://fr.cbrc.net/qu_est_ce_qui_entrave_ou_facilite_acces_aux_tests_pap_des_personnes_2slgbtq
[5] Association médicale canadienne. En quoi consistent les soins de santé inclusifs pour les personnes LGBTQ+ au Canada? Comment fonctionnent-ils? [En ligne]. Canada : Association médicale canadienne; 2026 [consulté le 4 mars 2026]. Disponible : https://www.cma.ca/fr/tellement-sante/quoi-consistent-soins-sante-inclusifs-personnes-2ELGBTQI-au-canada
[6] Ireland N. Un rapport tire la sonnette d’alarme sur les lacunes en santé [En ligne]. Canada : La Presse Canadienne; 29 jan 2026 [consulté le 4 mars 2026]. Disponible : https://www.lapresse.ca/actualites/sante/2026-01-29/personnes-lgbtq-au-canada/un-rapport-tire-la-sonnette-d-alarme-sur-les-lacunes-en-sante.php
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