DOSSIER EDI | SOINS PHARMACEUTIQUES INCLUSIFS : 6 CONSEILS POUR MIEUX ACCOMPAGNER LES PERSONNES 2SLGBTQIA+

Samuel Boutin, étudiant en pharmacie (III)


En discutant avec différentes personnes de mon entourage, notamment en laboratoire de simulation, je me rends compte que certains individus ne sont pas à l’aise avec les termes à employer ou à proscrire lorsque l’on établit une relation avec une personne issue de la communauté 2SLGBTQIA+. C’est dans cette lignée que nous avons collaboré avec PharmAllié·es (anciennement connu sous le nom de Comité EDI de l’AGEP) dans le cadre de notre 3e épisode de la deuxième saison du balado de l’Impharmation. Dans cet épisode où nous discutons de soins pharmaceutiques inclusifs, nous avons eu la chance inouïe de bénéficier de l’expérience de Marc-Antoine Tourville, qui est une personne experte de vécu et militante. L’épisode, accessible dès maintenant sur nos plateformes Facebook, YouTube, Spotify et Apple Podcasts, explore une panoplie d’outils et de pistes de réflexion qui sauront assurément teinter la pratique de la future génération de pharmaciennes et pharmaciens au Québec.

            En complément de celui-ci, voici quelques éléments pratico-pratiques pour renforcer votre posture d’alliance. Bonne écoute!

Conseil #1 : Utiliser la terminologie employée par la personne devant vous, et ce, même lorsqu’elle n’est pas présente

Pour simplifier vos échanges, informez-vous auprès de la personne patiente pour connaître les termes qu’elle emploie. Ces termes peuvent être ensuite consignés au dossier et réutilisés lors de futures interactions [1]. Au sein même d’une équipe, lorsqu’il y a des discussions évoquant cette personne, encouragez vos équipes à utiliser les termes privilégiés pour se référer à celle-ci [2]. Puisque la terminologie est propice à évoluer avec les années, informez-vous régulièrement si celle que vous employez est toujours adéquate [3].

Conseil #2 : Éviter d’employer les termes genrés, autant que possible

La langue française étant une langue genrée, cela complexifie grandement l’utilisation de termes non genrés. Or, de simples changements dans votre vocabulaire peuvent faire toute une différence, comme le fait de vous référer à une « personne patiente » plutôt qu’à un patient ou à une patiente. À titre de rappel, cette terminologie doit également être utilisée lorsque vous n’êtes pas en interaction directe avec la personne patiente.

N’oubliez pas, lorsque vous interpellez une personne patiente, d’éviter d’utiliser des termes genrés, tels que « madame » ou « monsieur ». Préconisez plutôt son nom complet et vous éviterez de la mégenrer, par mégarde. Si la personne vous mentionne qu’elle souhaite être appelée d’une certaine façon, référez-vous au Conseil #1 [2]!

Conseil #3 : Se concentrer sur l’anatomie ou la condition, au lieu du genre

Pour faire référence à l’article de ma collègue Maude Paré, un exemple parfait serait de remplacer les termes « homme/femme avec […] » par « personne avec […] ». Ainsi, dans certaines recommandations, on pourrait se référer à « une personne avec un utérus » ou une « personne avec une prostate ». Dans de tels contextes, il est donc important d’informer la personne patiente sur les raisons pour lesquelles on s’enquiert de la présence, ou non, d’une structure anatomique quelconque. Pour illustrer le propos, pensons notamment au contexte de la loi 31 où il est possible de traiter une cystite non compliquée « chez la femme », mais pas « chez l’homme ». Dans les faits, ce sont les différences des structures anatomiques qui dictent l’admissibilité, et non l’identité de genre. Il y a donc un important paradigme à renverser, car les lignes directrices et les études ont souvent été conçues selon le modèle binaire de l’identité de genre [4].

Conseil #4 : Afficher clairement sa posture d’alliance

Plusieurs déclinaisons sont possibles. Certaines pharmacies apposent des collants dans les portes et les fenêtres pour marquer leur soutien à certains groupes, notamment les populations 2SLGBTQIA+. Il pourrait également être pertinent d’afficher visiblement ses pronoms, de mettre à disposition des brochures sur des enjeux de santé touchant les populations 2SLGBTQIA+, de mettre à disposition des installations sanitaires neutres, etc. [2-5]

Conseil #5 : Respecter le cadre et la situation qui se présente à vous, éviter les questions indiscrètes

Dans certains contextes, il peut être pertinent de s’enquérir d’informations de nature « plus délicate », notamment dans des situations où les structures anatomiques, par exemple, ont un réel impact sur votre raisonnement clinique. Ayant toujours en tête l’intérêt de la personne patiente. Évitez d’être intrusif, voire de valser avec votre curiosité personnelle, car cela peut mettre en péril la relation de confiance que vous avez préalablement établie [3].

Conseil #6 : S’excuser lorsque l’on se trompe

L’erreur est humaine. Il se peut, lors de vos interactions, que vous vous trompiez en vous référant à une personne patiente. Dans ce contexte, n’hésitez pas à vous excuser et à rectifier le tir. Les personnes issues de la diversité ont, pour la plupart, déjà vécu ce genre de situation. Des excuses sincères peuvent faire toute la différence dans le maintien d’une alliance thérapeutique [3]. En espérant que ces trucs et astuces sauront vous aiguiller dans vos pratiques futures. L’édification de votre posture d’alliance sera assurément un travail de longue haleine, mais elle débutera le jour où vous ferez preuve d’ouverture et d’engagement dans votre quotidien. C’est en vous intéressant à leur réalité, par le biais de témoignages, d’articles, de balados ou autres, que vous saurez trouver les mots et commettre les gestes appropriés pour tisser des liens thérapeutiques forts avec ces populations vulnérables, et ce, que ce soit avec les populations 2SLGBTQIA+, les personnes issues des minorités visibles, les personnes en situation de handicap ou autres.


Références:

[1] Tang H, Tang G, Coutin A, Biro L. LGBTTQQIP2SAA: A recipe to ensure respectful care for your diversity of patients [En ligne]. Toronto (ON): University of Toronto; 10 août 2016. [modifié le 10 mai 2017; consulté le 15 mars 2026]. 4 p. Disponible : https://thehub.utoronto.ca/family/wp-content/uploads/2018/03/LGBT-Infographic.pdf

[2] National LGBT Health Education Center. Affirmative Care for Transgender and Gender Non-Conforming People: Best Practices for Front-Line Health Care Staff [En ligne]. Boston (MA): Fenway Institute; 1er déc 2016 [consulté le 15 mars 2026]. 28 p. Disponible : https://guides.hsict.library.utoronto.ca/ld.php?content_id=34312568

[3] Miller SJ. Providing Inclusive Care and Services for the Transgender and Gender Diverse Community: A Pharmacy Ressource Guide [En ligne]. Washington (DC): Human Rights Campaign Foundation; mars 2021 [consulté le 15 mars 2026]. 19 p. Disponible: https://hrc-prod-requests.s3-us-west-2.amazonaws.com/Transgender-Pharmacy-Resource-Guide.pdf

[4] Gender Inclusive Language: Clinical Settings with New Clients [En ligne]. Victoria (BC): Trans Care BC; 6 mars 2019 [consulté le 15 mars 2026]. 2 p. Disponible : https://www.transcarebc.ca/sites/default/files/2024-03/Gender_Inclusive_Language_Clinical.pdf

[5] Touré R, Fournier C, Dupras J, Moreau P et Chadi A. La pharmacie pour tout le monde [En ligne]. Montréal (QC) : PharmaScience; 22 jan 2026 [consulté le 20 mars 2026]. 48 p. Disponible : https://pharmasupport.ca/outils/guide-la-pharmacie-pour-tout-le-monde

=> Image tirée de la bibliothèque de Word

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