MA RECETTE PARFAITE

Marie-Michèle Ghazal, pharmacienne et vulgarisatrice scientifique


J’ai toujours su que je voulais devenir pharmacienne. D’aussi loin que je me souvienne, j’avais en moi l’envie de faire comme ma mère: écouter, rassurer, soigner les gens. J’ai pratiquement grandi derrière le laboratoire d’une pharmacie et j’ai vu ma mère en action de nombreuses heures. Patiente, douce, minutieuse, elle donnait son 110% pour chacun de ses patients.

Toute jeune, je la regardais et je me disais: c’est donc bien noble de vouloir passer sa vie à aider les gens. Je le voyais que ma mère avait des bonnes et de moins bonnes journées. Je le voyais que les années après avoir acheté sa pharmacie, elle était plus fatiguée, plus stressée. Mais devant ses patients, elle n’a jamais perdu le sourire.

J’ai toujours su que je voulais devenir pharmacienne. Mais je ne savais pas, même en ayant grandi dans le milieu, à quel point c’est DUR, être pharmacienne. Dur de devoir toujours rester patiente, polie, souriante. Dur de devoir rester debout de longues heures. Dur de ne pas pouvoir me concentrer sur une seule tâche à la fois et d’être constamment interrompue. Dur de ne pas pouvoir manger quand j’en ressens le besoin. Dur de devoir performer même quand je suis fatiguée ou malade. Dur de ne pas avoir droit à l’erreur. Et surtout, dur d’accepter que je vais probablement en faire, des erreurs.

J’ai toujours su que je voulais devenir pharmacienne. Et je le suis devenue. Du moins, je suis devenue la seule et unique définition de pharmacienne que j’avais dans mon dictionnaire à moi. Une pharmacienne communautaire qui écoute, qui rassure, qui soigne. Qui est patiente, polie, souriante. Qui ne mange pas si elle a trop de travail, même si elle ne se sent pas bien. Qui attend d’avoir la vessie sur le bord d’exploser pour aller à la salle de bain. Qui se tape dessus si un patient n’est pas satisfait, même si elle n’a rien à se reprocher dans la situation. Qui est une éponge à émotions et qui prend la souffrance de tous ses patients sur ses épaules.

Après cinq années de pratique, durant la pandémie, je me suis épuisée. Je me suis rendue compte que ma définition de pharmacienne, elle n’était pas réaliste ni durable. Du moins pas pour moi. Si je voulais continuer d’exercer cette profession si merveilleuse et qui me passionnait depuis jeune âge, j’allais devoir faire des changements, pi ça presse.

J’ai toujours su que je voulais devenir pharmacienne. Donc, quand j’ai quitté la pharmacie communautaire temporairement, j’ai vu ça comme un échec. Je sentais que j’abandonnais le bateau qui coule avec tous mes collègues adorés dedans. Je sentais que je prenais une décision égoïste au milieu d’une crise internationale qui avait besoin de solidarité plus que jamais. Mais j’ai compris plus tard que, égoïste ou pas, choisir sa santé mentale et physique, c’est primordial.

Pendant un an, j’ai pris un gros pas de recul du communautaire et j’ai travaillé en siège social de bannière aux services professionnels. Une vraie job de bureau, un vrai 9 to 5. J’étais complètement dépaysée, dans un milieu corporatif et tellement différent de tout ce que je connaissais. J’ai vite pris goût à l’environnement de travail silencieux, au niveau de stress minime, au fait que je pouvais effectuer une tâche à la fois sans me faire interrompre constamment. Les premiers mois furent bénéfiques pour ma santé mentale. Je me sentais à nouveau énergique, reposée et heureuse.

Mais plus la fin de mon contrat de 12 mois approchait, plus je me rendais à l’évidence: une job de bureau 5 jours par semaine, ce n’était pas pour moi. Ça manquait un peu de dynamisme, ça manquait un peu d’action. Le genre de dynamisme et d’action qu’on retrouve… dans le laboratoire d’une pharmacie! Eh oui, malgré tout ce que j’avais vécu et tous les défis que ce milieu représentait, j’avais encore l’appel de la pharmacie communautaire.

J’ai toujours su que je voulais devenir pharmacienne. Mais je n’aurais jamais pu imaginer en arriver un jour à la formule que j’ai actuellement. Celle qui me rend le plus heureuse et épanouie dans ma carrière. Parce que non, ma formule actuelle, ce n’est pas un emploi stable dans une pharmacie précise. Ce n’est pas non plus un scénario typique pour lequel j’ai eu nombre d’exemples. Avec le temps, des essais et erreurs et mon ouverture d’esprit, j’ai enfin réussi à peaufiner MA recette parfaite de pharmacienne: des projets stimulants en tant que consultante en bannière, un peu de pharmacie communautaire pour garder contact avec les patients et de la vulgarisation scientifique dans les médias traditionnels et sur les réseaux sociaux.

C’est un sentiment bizarre de réaliser que ce qu’on a toujours voulu, ce n’est pas nécessairement ce qui est bon pour nous ou ce qui nous rendra heureux. C’est confrontant, c’est inconfortable même. Mais maintenant, je suis profondément reconnaissante d’avoir su prendre un pas de recul sur ce que j’aimais profondément. Car c’est ce qui m’a permis d’y revenir, à plus petite dose certes, mais avec le même sourire et la même passion qu’à mes tous débuts. Et ça, c’est tout un soulagement, parce que je les aime mes patients. J’aime pouvoir les écouter, les rassurer, les soigner. J’aime pouvoir offrir mon 110% à chacun d’entre eux.

Mais pour ce faire, il faut que je puisse porter plusieurs chapeaux et les alterner afin de ne pas atteindre une saturation malsaine et insidieuse. Je suis comme ça, et je l’ai accepté. J’ai accepté que la recette parfaite pour l’un n’est pas la recette parfaite pour l’autre. Et il n’y en a pas une meilleure que l’autre. L’important, c’est de se sentir bien, serein, épanoui. Et pour y arriver, les possibilités sont infinies.

J’ai toujours su que je voulais devenir pharmacienne. Mais jamais je n’aurais cru qu’un jour, mon parcours atypique allait peut-être en inspirer d’autres à oser sortir des chemins battus et à explorer leur identité professionnelle pour découvrir à leur tour LEUR recette parfaite, LEUR définition de pharmacien.

Chers lecteurs et lectrices, vous avez l’avenir devant vous, alors promettez-moi de ne pas settle pour quelque chose qui ne vous convient pas. Essayez des choses, mordez dans la vie et dans votre profession à pleines dents. Et vous verrez, votre carrière vous rendra beaucoup plus épanoui·e et heureux·se que vous pourriez penser.

Bon succès dans le grand et merveilleux monde de la pharmacie!

Marie-Michèle Ghazal
alias Journal d’une pharmacienne


Où me suivre
Instagram : @journaldunepharmacienne
Facebook : Journal d’une pharmacienne
LinkedIn : Marie-Michèle Ghazal

Commentaires

Laisser un commentaire