AU COIN DU PONT…

Emily Chao, étudiante en pharmacie (II)


L’après-midi de printemps, doux et alangui; le soleil venait à peine de descendre sur l’horizon; un cardinal écarlate lançait son chant de joie au sommet d’un arbre colossal, vibrant dans l’air tiède; la brise se portait jusqu’à la fenêtre entrouverte de mon bureau, dans le réputé bâtiment du Windsor, portant avec elle le parfum sucré des fleurs en éclosion, les pâtisseries sortant du four, le café fraîchement moulu – et tandis que je regardai en bas, je le vis de nouveau, le vieil homme amaigri, toujours là, obstiné, étalant ses pitoyables toiles au pied du petit pont de brique un peu plus loin.

Les passants se pressaient, traversaient les rues en courant – certains traînaient des valises et des mallettes, alors que d’autres, des sacs d’épicerie et des paquets froissés. Mais personne – non, personne – ne s’arrêtait pour ce pauvre homme couvert de poussière ni pour ses misérables morceaux d’art — et à vrai dire, il n’était pas non plus un vendeur accompli — toujours assis seul dans l’ombre, se grattant l’oreille – il observa silencieusement le ciel bleu profond, la lune, les étoiles ou parfois la petite boutique de fleurs en bas de la rue — toujours dans son coin, au pied du pont, fuyant les regards des gens autour. Et j’eus pitié de lui — car ses œuvres avaient quelque chose de particulier, étrange peut-être, mais elles étaient éclatantes, vivantes, différentes des autres artistes typiques. Je me serais acheté une toile pour mon nouveau salon si démuni – mais au moment même où je descendis, mon collègue me retint avec une affaire urgente. Le temps s’effila, glissa entre mes doigts, une minute, puis déjà la nuit — une brume froide s’installa sur les routes, les réverbères faibles et tremblants clignotèrent dans l’air épais et morose – le cardinal se tut – et le vieil homme, lui aussi, avait disparu ce jour-là, volatilisé, laissant derrière lui la rue animée soudainement nue, et moi, sur le trottoir, perdu à me demander où il avait bien pu s’en aller, je remarquai seulement quelques toiles orphelines éparpillées.

Rapidement, les jours se réchauffèrent, les tournesols ouvrirent leurs grands visages jaunes le long des ruelles, les arbres déployèrent leurs feuilles hautaines, et le soleil brilla plus fort que jamais — je ne le revis plus. Et puis, un jour, pas si lointain, on le retrouva — sans signe de vie — une balle en plein cœur. Il tenait une de ses peintures serrée contre lui, celle que personne n’avait voulue. La ville, lourde et surpeuplée, continua sa ronde, ses klaxons furieux, ses conducteurs hargneux, ses ouvriers fourbus s’en allant vers les bureaux, tout comme moi — mais sans le vieillard. Un suicide, dirent-ils. Le vieux vagabond n’avait pas de famille – personne pour s’attarder à l’enquête ; son corps fut emmené à la morgue, je le supposais — du moins, je l’espérais. 

Peut-être valait-il mieux que mon collègue m’ait retenu ce jour-là, sans quoi j’aurais pris avec moi la seule relique du vieil artiste — pourtant, si j’avais acheté certaines de ses toiles, peut-être aurait-il eu assez d’argent pour vivre, peut-être qu’un mot échangé ou un simple sourire, auraient suffi pour lui redonner de l’espoir – après toutes ces années… La nuit de sa disparition, j’avais ramassé une toile qu’il avait laissée au pied du pont – des tournesols – un peu fanés, un peu fiévreux, mais de couleurs chatoyantes, parfaites pour la saison. Je l’accrochai dans mon salon, et sa peinture mit un peu de vie dans ce lieu terne — et là, dans le coin, griffonné d’une main minuscule et maladroite : Van Gogh — son nom, je suppose – après tout, je ne connaissais même pas son nom.

Je poursuivis alors ma journée – comme si rien n’avait changé.


Référence :

OpenAI. Au coin du pont… [En ligne]. OpenAI DALL-E; 8 déc 2025. [Image].

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