Par Michel Gagnon, pharmacien, responsable de l’encadrement des étudiants (REÉ) et chargé d’enseignement à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval
Cet article a été publié dans l’édition d’hiver 2025
Chères lectrices, chers lecteurs,
Il me fait plaisir de participer pour la première fois à votre journal étudiant préféré! Ça prend une première à tout! Je m’appelle Michel Gagnon et je suis chargé d’enseignement et responsable d’encadrement à la Faculté de pharmacie de l’Université Laval depuis… que le Pharm.D. a vu le jour en 2011.
On m’a demandé de vous écrire quelques lignes pour mieux vous faire comprendre à quoi ressemble une journée typique dans mon rôle à la faculté. Si on dit souvent que les jours se suivent et se ressemblent, je vous assure que dans ma vie professionnelle, c’est tout le contraire! Chaque journée à la faculté est unique. Travailler ici, c’est un médicament contre la monotonie. Et il y a juste des originaux, pas de génériques! Alors, hyper stimulant!
Le mot-clé pour bien me débrouiller dans mon rôle : polyvalence. Et si on souhaite un mot plus « tendance », on pourrait parler « d’agilité ». Être capable de me retourner sur un 10 cents et de m’adapter aux imprévus fait étroitement partie de mon quotidien.
Pour toutes sortes de raisons, je me retrouve souvent avec l’horaire que je PEUX avoir (par exemple, disponibilité de locaux, conflits d’horaire, etc.) plutôt qu’avec celui que j’aurais trouvé idéal pour vous ou pour moi-même! Un aspect que les étudiants oublient parfois (et ce n’est pas un reproche), c’est qu’à chaque fois où vous me voyez dans le programme durant les 4 années, et ben… Moi, je superpose tout ça dans une même année, à chaque année. Concrètement, quand je me prépare à donner un cours sur l’antibiothérapie intraveineuse en 3e, je suis aussi en train d’approuver des projets d’exploration en 4e, en train de penser à mon activité d’éthique en CA en 1re et à l’animation de gestion de crise en 2e, le tout parsemé de nombreuses rencontres individuelles ou de réunions.
Je me suis amusé récemment à dresser la liste de tout ce qui peut faire varier le déroulement d’un cours ou d’une activité. Ces variables, souhaitables ou non, peuvent faire en sorte que, d’une année à l’autre, « l’expérience-terrain » puisse être franchement différente pour un cours qui, en principe, devrait être le même. Voici quelques exemples : les personnalités qui composent un groupe, l’état d’esprit des personnes devant moi – celui-ci pouvant varier selon la charge de travail de la semaine et le niveau de stress (nombre de cours, examen le lendemain, évènement facultaire ou party la veille ou le soir même, etc.) – et l’absentéisme aussi. D’autres éléments qui influencent la « vibe » d’un cours : la grandeur du local, son éclairage, la situation du local dans le pavillon (vue sur l’extérieur ou sur un mur de béton…), etc.
Je continue ma liste… Mon idole : le soleil! Bien qu’il puisse tous nous rendre plus joyeux, il arrive qu’il me fasse de la compétition quand il se montre trop radieux, en particulier l’été en dermato ou en génito. Je dois alors redoubler d’effort pour me faire plus « sexy » que lui. Mais la grisaille est elle aussi à double tranchant. Même si elle est bien loin du « sex-appeal » du soleil, elle comporte un « effet Valium » assez puissant. Encore là, pédale mon Mitch, pédale! C’est un beau défi 😊.
Je pourrais compléter ma revue des « influenceurs de cours » par mon propre état d’esprit. Oui, il y a des jours où je donne mon cours en ayant moins dormi (p’tits oiseaux trop heureux l’été, niveleuse l’hiver), ce qui me fait bafouiller ou affecte ma précision dans le choix des mots. Il arrive que je descende en classe en m’inquiétant pour un proche malade, ou en pensant à mes prochains diplômés qui s’apprêtent à sortir du four et que je ne reverrai plus (on s’attache à ces p’tites bêtes-là ). Oui, parfois je donne mon cours en me demandant si mes cheveux sont beaux, si mes vêtements « fitent », si j’ai encore le tour de bien passer mes messages. Comme n’importe quel humain, j’imagine!
En lisant cette liste, je suis certain que vous vous dites : « Aye, c’est vrai, j’avais pas pensé à tout ça! ». Enseigner, c’est un art en soi. Ça demande d’être constamment à l’affût des personnes qui sont en avant de soi, de décoder les regards de l’explication qui ne passe pas ou de la pause-café qui commence VRAIMENT à se faire désirer. Ça demande aussi de tenir compte des exigences de la profession de pharmacien, des règlements qui changent constamment (parfois juste avant un cours), sans oublier les attentes de notre direction de programme.
Même si je viens d’exposer de nombreux défis que comporte ma profession d’enseignant, quand on aime expliquer et rendre le «difficile» vraiment facile, quand on aime la sensation d’être en classe avec des personnes qui ont envie d’apprendre, quand on aime le fait de performer devant un auditoire de 200 personnes, quand on aime les yeux qui pétillent de celles et ceux qui deviennent pharmacien.nes à vitesse grand V, ou que l’on constate les liens professionnels qui se tissent au fil des sessions, c’est tout simplement : le plus beau métier du monde! Ne me faites pas de phrases aussi longues dans vos travaux, ok ?!
J’espère que cette préface vous aura permis de mieux comprendre l’envers de mon décor et tout ce qui peut me passer par la tête dans ma vie d’enseignant-pharmacien. Peut-être n’écouterez-vous plus mes cours de la même façon. Haha!
Au plaisir de vous voir tenter de deviner mon état d’esprit pendant mes cours à l’avenir (mais n’oubliez pas d’écouter…)! 😊
À très bientôt et bonne fin de session,
Michel

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