Des espèces animales d’ici dont la survie est en danger

Par Cassandra Sarro

Cet article a été publié dans l’édition d’hiver 2024

Selon l’Indice planète vivante de 2022 (Living Planet Index*), les espèces animales vertébrées ont subi un déclin de 69% de leur abondance à l’échelle mondiale depuis 1970.

*Living Planet Index (LPI) est un indicateur de la biodiversité mondiale en mesurant les populations de mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens et poissons à travers le monde. Il est utilisé pour procéder à des évaluations environnementales par plusieurs organisations telles que l’ONU. Il représente les changements moyens sur les tailles de populations.

Le Canada est connu pour sa vaste faune sauvage et ses animaux emblématiques. Toutefois, l’Indice des espèces canadiennes (indicateur semblable au LPI, mais ajusté à la faune canadienne) démontre également une diminution des populations; particulièrement de 42% pour les mammifères et de 30% pour les poissons.

Menaces principales pour les populations à risque

o La pollution : Plusieurs polluants différents d’origine humaine, comme agricole et industrielle, se retrouvent dans l’environnement et peuvent blesser la faune et la flore. Cette contamination peut se produire dans tous types de milieux, que ce soient les cours d’eau, la terre ou l’air.

o Les dérèglements climatiques : Les changements climatiques partout dans le monde ont un effet sur la survie des différentes espèces. Ils peuvent avoir un impact sur leur habitat naturel et causer un déplacement des populations, mais également sur leur comportement. En effet, des températures inhabituelles pour la saison peuvent causer des modifications au niveau de la migration, l’hibernation, la période de reproduction, etc. Au Canada, le dérèglement climatique se traduit surtout par un réchauffement des lieux.

o La destruction des habitats naturels : Outre les changements climatiques, plusieurs éléments peuvent impacter l’état des milieux de vie des différentes espèces. Les plus importants proviennent de l’activité humaine. La construction de nos infrastructures se fait souvent au dépend de l’environnement présent et force les animaux à se déplacer.

o Les espèces envahissantes : Une espèce est qualifiée d’envahissante lorsqu’elle se retrouve en dehors de son aire de répartition naturelle et y forme une population dominante sur l’écosystème d’origine. Ces espèces peuvent être introduites dans leur nouveau milieu de deux façons : une introduction par l’humain dans le territoire ou un déplacement forcé des populations animales pour trouver un nouvel habitat.

o L’exploitation non-durable : La surexploitation des milieux terrestres et aquatiques est un grand facteur mettant en péril la survie de certaines espèces. Elle peut être de source directe, comme la chasse et la pêche de masse, ou de manière indirecte, comme les prises accidentelles lors de la pêche au filet.

Quelques espèces en péril au Canada

Pour mieux comprendre la situation des différentes espèces, il faut se familiariser avec certains termes. Le statut d’une espèce est évalué puis déterminé parmi les classes suivantes avant d’être ajouté à la liste des espèces en péril. Les espèces inscrites sur cette liste sont protégées par la Loi sur les espèces en péril. Au Canada, on retrouve plus de 600 espèces de faune et de flore sur cette liste et quelque 150 autres sont à l’étude.

Le caribou

Statut de l’espèce : Menacée

Au Canada, le caribou est divisé en deux sous-espèces selon son environnement : le caribou forestier (celui que l’on retrouve sur les 25 cents) habite la forêt boréale plus au Sud, alors que le caribou arctique se retrouve davantage dans la toundra au Nord du pays. Les deux sous-espèces sont en péril.

Le caribou et le renne sont la même espèce; on utilise le terme « renne » pour identifier les caribous en Scandinavie et en Russie. Il se nourrit principalement de lichen, d’herbe et de laîche. Les caribous sont de grands migrateurs, soit le plus grand migrateur terrestre au monde entier. Les excréments qu’ils laissent à leur passage dans la toundra contribuent à l’écosystème de l’environnement, tout comme leur présence en tant que proie de plusieurs carnivores. La population de caribous, qui était environ de 800 000 au dernier recensement en 2022, fluctue grandement. Dans certaines hardes, il peut y avoir une baisse allant jusqu’à 90% de la population, ce qui pose un grand défi pour la survie du groupe. Le dérèglement climatique rend l’accessibilité à la nourriture des caribous beaucoup plus difficile, ce qui entraîne des mouvements migratoires inhabituels dans les populations. Les activités humaines, comme le développement industriel dans les zones d’habitat naturel, mettent particulièrement les troupeaux à risque.

Le monarque

Statut de l’espèce: En voie de disparition

Les papillons monarques sont les insectes qui effectuent la plus longue migration au monde. En effet, chaque hiver, les monarques quittent le Sud du Canada pour se rendre dans les forêts montagneuses du Mexique, ce qui représente un trajet de plus de 4 000 km. Leur habitat varie donc entre les champs et prairies du Canada, puis les côtes chaudes et les hautes altitudes au Mexique en hiver.

Son alimentation repose sur le nectar de fleurs, particulièrement des asclépiades. L’une des menaces principales pour les monarques est la déforestation de leur habitat au Mexique.

Ils sont également ébranlés par l’augmentation des catastrophes naturelles (ouragans, tornades, orages, inondations, feux de forêt, etc.) qui causent une rareté des plantes nécessaire à leur alimentation le long de leur corridor migratoire. Ces événements naturels sont de plus en plus communs en raison de la crise climatique. Pour effectuer leur long parcours migratoire en automne, les monarques ont besoin d’une réserve d’énergie qui leur est fournie dans les sucres des fleurs à floraison tardive. Il y a donc une initiative toute simple que vous pouvez entreprendre à la maison pour aider les monarques : planter des asclépiades ou des fleurs à floraison tardive dans votre jardin extérieur.

Le narval

Statut de l’espèce : Préoccupante

Le narval, dont la population est d’environ 170 000, est reconnu pour sa corne qui lui donne un aspect féérique. Il vit dans les océans et sous les banquises. Les narvals ont également un parcours migratoire cyclique qui correspond aux différentes saisons. En été, ils s’installent dans l’Arctique canadien, entre la baie d’Hudson et l’île d’Ellesmere, pour élever et nourrir les petits.

En hiver, les narvals se déplacent entre le Canada et le Groenland, vers la baie de Baffin et le détroit de Davis, et demeurent sous la banquise.

Les narvals se nourrissent principalement de flétans du Groenland, morues polaires, calmars et crevettes. Le narval subit plusieurs menaces, qui peuvent être classées en trois grandes catégories. Premièrement, les changements climatiques sont fortement ressentis en Arctique. Ce territoire se réchauffe quatre fois plus rapidement que la moyenne mondiale. La fonte des glaces diminue les banquises qui sont essentielles aux narvals pour chasser et pour se sauver de leurs prédateurs. Deuxièmement, le trafic maritime cause des bruits sous-marins qui font fuir les narvals. Les bruits causés par les bateaux interfèrent avec ceux des crustacés et rendent la recherche de nourriture plus difficile en plus de les repousser vers des zones moins propices à leur survie. Troisièmement, les développements pétrolier et gazier augmentent la pollution dans les régions ainsi que la possibilité de déversements.

La loutre de mer

Statut de l’espèce : Préoccupante

La loutre de mer demeure dans les zones côtières et les eaux peu profondes du Pacifique Nord. Autrefois, elle fréquentait aussi le territoire de la Basse-Californie et le littoral au Nord du Japon. La loutre de mer s’adapte aux températures glaciales de l’eau grâce à sa fourrure épaisse qui emprisonne une couche d’air. La loutre de mer peut plonger jusqu’à une profondeur de 40 mètres pour récolter sa nourriture, qui est surtout composée de mye, d’oursins, d’escargots, de crabes, d’étoiles de mers et de poissons. Les loutres de mer ont connu plusieurs évaluations et modifications de leur statut au cours des années. En effet, au cours des années 1800, les loutres de mer étaient fortement chassées pour leur fourrure. À un point tel qu’il s’agissait d’une espèce en voie de disparition dans les années 1900. Plusieurs lois ont été adoptées telles que le Traité international sur le phoque à fourrure de 1911 et le Marine Mammal Protection Act de 1972 qui interdisent de chasser, capturer ou harceler les loutres de mer. Heureusement, les différentes législations misent en place eurent l’effet espéré. En 1996, la loutre de mer passa au statut de menacée et en 2007 elle fut classée comme préoccupante. Malgré tout, les loutres de mer font toujours face à plusieurs menaces. La contamination de l’environnement, par le pétrole entre autres, la présence de bateau, l’emmêlement dans les filets de pêche, la chasse illégale et certaines maladies causées par des toxines sont des facteurs qui pèsent sur les populations.

La tortue luth

Statut de l’espèce : En voie de disparition

La tortue luth est la seule espèce de tortue marine à avoir une carapace molle, en plus d’être celle qui est capable de tolérer le plus grand écart de température. Elle a subi une diminution de plus de 70% dans les années 90, ce qui lui a valu sa place sur la liste des espèces en péril en 2003.

On la retrouve dans les océans Atlantique, Pacifique et Indien. Les sites de ponte des œufs se retrouvent principalement en Guyane Française et en Amérique du Sud.

Elles ne nidifient pas au Canada. Toutefois, plusieurs adultes de l’espèce montent vers le Canada au cours des mois d’été pour se nourrir des méduses. La pêche et les bateaux constituent la plus importante menace pour ces tortues lorsqu’elles se déplacent dans les eaux canadiennes. D’autant plus, plusieurs facteurs contribuent à rendre la nidification plus difficile. Le braconnage et la capture des œufs, les constructions humaines sur les côtes, l’éclairage artificiel par les bâtiments et les routes ainsi que les changements climatiques peuvent désorienter les femelles et les empêcher d’effectuer la ponte de leurs œufs en sécurité.

Le béluga

Statut de l’espèce : Menacée/Préoccupante (selon la sous-espèce)

Le béluga vit principalement dans les eaux glacées de l’Arctique. Une grande majorité passe tout de même l’été dans les eaux canadiennes.

Ils utilisent l’écholocation pour se déplacer et pour chasser leur nourriture. Les menaces sur cette espèce sont semblables à celle qui met en péril la survie des narvals.

Comme ces derniers, les bélugas ont besoin de la banquise pour se protéger de leurs prédateurs, majoritairement l’épaulard. Le réchauffement climatique rapide entraînant une fonte des glaces les met donc plus à risque. De plus, leurs territoires sont fortement exploités par l’humain pour le pétrole, le gaz, la navigation, la pêche et autres. Ces activités émettent une pollution sonore qui impacte la capacité des bélugas à repérer leur nourriture, à communiquer entre eux et à se déplacer. Les populations de bélugas de l’estuaire du Saint- Laurent voient également les populations de proies diminuer dans la région en raison des déversements de produits chimiques.

En conclusion…

Ces dernières ne sont que quelques exemples d’espèces animales en danger, alors qu’il y en a plusieurs à l’échelle mondiale. La protection de ces espèces commence par une éducation de tous et une compréhension des problèmes. Ensuite, il faut protéger ces espèces et leurs habitats naturels. Cela se fait par des limitations des activités humaines qui posent un risque pour la faune et la flore. Comme en a témoigné le cas des loutres de mer, il est possible de renverser la tendance d’une espèce. Pour cela, il faut agir!

RÉFÉRENCES

IMAGE CARIBOU : DAVE GALLAGHER, HTTPS://WWW.HWW.CA/FR/FAUNE/MAMMIFERES/LE- CARIBOU.HTML

IMAGE MONARQUE : LORYSA CORNISH, HTTPS://WWW.HWW.CA/FR/FAUNE/INVERTEBRES/MONARQUE.HTML

IMAGE NARVAL : GLENN WILLIAMS, HTTPS://WWW.HWW.CA/FR/FAUNE/MAMMIFERES/LE- NARVAL.HTML

IMAGE LOUTRE DE MER : ANNIE LANGLOIS, HTTPS://WWW.HWW.CA/FR/FAUNE/MAMMIFERES/LA- LOUTRE-DE-MER.HTML

IMAGE TORTUE LUTH : REG RAMAI, HTTPS://WWW.HWW.CA/FR/FAUNE/POISSONS-AMPHIBIENS- REPTILES/LA-TORTUE-LUTH.HTML

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