Par Jade Brassard
Cet article a été publié dans l’édition d’hiver 2024
Le moment est enfin arrivé. Après quatre éditions de l’Impharmation à avoir réfuté l’envie d’en faire le sujet de mon article, le moment est enfin venu pour moi de vous parler d’anxiété . Après avoir retourné 100 fois dans ma tête la fameuse question « Comment en parler? », j’ai choisi de me jeter dans le vide. Ce sera avec beaucoup de vulnérabilité et trop d’ouverture que je vous amènerai dans ma lecture du livre « Vaincre l’anxiété et les crises d’angoisse » écrit par la psychologue française Amélia Labbé. Soyez avisés que je vous amène en plein cœur de mon cheminement personnel et de la démystification de mon anxiété. Sans plus attendre, débutons notre lecture…
Assise à une table d’un de mes cafés préférés, écoutant du piano pour m’évader, je prends enfin le temps d’écrire cet article auquel je pense depuis des semaines. Aujourd’hui, je priorise l’écriture au lieu d’écouter le cours sur les pathologies de l’œil qui traine sur ma to-do list depuis un mois ou de finalement faire ma partie de la fiche de diabète. Laissez- moi vous dire : ce n’est pas facile. Cela dit, je débute la lecture du livre d’Amélia et tout de suite j’accroche sur une phrase. « Il est dommage de se laisser enfermer dans son anxiété et de se priver des plaisirs que la vie peut offrir juste parce que l’on nourrit des angoisses. » Je me dis alors qu’aujourd’hui ne sera peut-être pas la journée la plus utile à l’atteinte de mon diplôme, mais elle sera certainement plus pertinente pour devenir une meilleure version de moi-même.
Qui eût cru que je débuterais déjà avec une victoire? Pas moi. Aujourd’hui, je me sens légère. Je ne me sens pas envahit par l’anxiété. Et ça fait du bien! Il faut reconnaitre ses petites victoires comme dirait Amélia. Je vais tout de même continuer ma lecture du livre, parce que, malheureusement, il y a eu des jours moins beaux et il y en aura plus d’un autre.
Partie 1 : l’anxiété dans tous ses états
Je retiens de la lecture de cette première partie qu’il y a d’abord trois étapes importantes avant de se lancer dans la gestion de son anxiété.

Donc, d’abord, comment se manifeste l’anxiété chez moi? Pour ma part, ce qui ressort définitivement le plus est l’hypersensibilité. Lorsque je suis dans un état anxieux, le moindre coup de vent peut me faire pleurer. Et par pleurer, je veux dire brailler. Je suis irritable, bougonne et déraisonnable. Bref, tout ce qu’il y a de plus agréable pour mes proches.
Il y a aussi la difficulté à m’endormir, des petits problèmes digestifs, etc. 100% le moment où tu mets etc. parce que tu n’as actuellement pas d’autre exemple. Ah oui! Quelquefois aussi, je ne me suis pas vraiment rendu compte que j’étais stressée? Je vais, disons, pour reprendre ce qui m’ait arrivé ce soir, être en train de nager et réaliser quelque part entre deux longueurs que je suis en train de visualiser ma journée du lendemain parce qu’il faut que je fasse ci et ça et il faut que je sois ici et là? Quelque chose comme ça.
Pour ce qui est de la chronologie, ce que m’a fait réaliser le livre, c’est que, chez moi, ça se manifeste par pics. Parfois, les pics durent plusieurs jours, et d’autres fois, seulement quelques heures.
Ensuite, quelles sont les causes de mon anxiété? De manière générale, sans grande surprise, les causes de l’anxiété sont multiples. Il est question de causes physiologiques, de celles venant de notre environnement, de notre histoire familiale et personnelle, de la société, etc. Je n’ai évidemment pas assez de temps d’ici la remise de mon article pour faire une introspection sur ma vie entière afin de trouver l’origine précise de mon anxiété. Cela étant, je sais que, d’une part, certaines choses qui me rendent anxieuse sont les laboratoires de simulation, les stages, le travail, rencontrer de nouvelles personnes, le rendre-compte… J’ai peur de m’exprimer devant un auditoire et je me sens jugée malgré moi. Mon cœur palpite à chaque fois que je lève la main pour prendre la parole. De la phobie sociale que ça s’appelle si je me fie à la description qu’Amélia a fait dans son livre. D’autre part, si c’est plutôt de type j’ai trop de choses à faire et trop d’examens à étudier et c’est sûr que je vais manquer de temps (beaucoup d’émotions là-dedans, est-ce que ça se voit que c’est ma situation actuelle?), bien c’est ça. C’est pas mal la cause en soi-même.
Enfin, quelles sont les conséquences de mon état anxieux? Ça dépend on est dans quelle situation. Si c’est un évènement précis de nature j’ai-peur-d’être-mauvaise-et-qu’on-me-juge, grosso modo, je dirais un état de panique avant la survenue de l’évènement. Dépendamment de ce que c’est, il peut être question de semaines, jours, heures ou minutes. Le plus ironique dans tout cela? Après coup, je réalise plus souvent qu’autrement qu’il n’y avait rien de stressant et, sans qu’ils ne s’en rendent compte, les gens réussissent la plupart du temps à me calmer et à me faire sentir mieux (mention spéciale à mes gentil.le.s copains et copines de laboratoire et à mes CEC (sauf une)). Je pense alors que je ne serai pas stressée la prochaine fois…
Si c’est plutôt, je-pense-encore-que-je-n’y-arriverai-pas-même-si-j’y-arrive-toujours-et-j’ai-juste-envie-de-me-coucher-en-boule-et-de-dormir-pendant-un-mois, c’est plus difficile à expliquer. Je n’ai pas encore tout à fait mis le doigt là-dessus, puisque je ne le reconnais pas encore très bien celui-là. C’est un work in progress.
Partie 2 : les clés pour combattre l’anxiété au quotidien
Quelques clés pour combattre son anxiété sont : sommeil, méditation, étirements, sport, activités, etc. Puisque vous avez tous fait mon stress sans détresse et que vous récitez vos MNP dans vos rêves, passons à un prochain appel.
Une des astuces du livre est de prendre exemple sur une personne inspirante. Qu’est-ce que cette personne ferait dans cette situation? Je ne m’en étais pas rendue compte, mais c’est ce que je fais. Pour moi, c’est ma mère. Après m’avoir aidée à survivre au secondaire et au cégep, ma mère est maintenant rendue une experte dans l’art de savoir ce que Jadou a besoin. Je me pose donc la question : qu’est-ce que maman me dirait de faire? Quatre fois sur cinq, je réalise que je savais depuis le début ce que je devais faire, mais je refusais de l’admettre. Et dans l’autre cas? Je lui envoie un message ou je l’appelle en pleurant.
Parlant de ma chère maman, je pense à une anecdote en ce moment et je crois que je vais la glisser ici. Cet hiver, pendant les vacances de Noël que je passais à mon chalet à l’Anse- Saint-Jean, je travaillais quelques fois à Chicoutimi. Pour votre information, le trajet dure 1h15min en voiture. La veille d’une de ces journées, le plan était simple : je faisais la route jusqu’à Chicoutimi en fin d’après-midi, j’allais souper chez mon amie pour sa fête, je dormais à la maison et j’allais travailler le lendemain. Un plan simple et logique. Toutefois, ne me demandez pas pourquoi, mais ce jour-là, ça n’allait pas. J’angoissais. Beaucoup. En fait, oui, je sais pourquoi. D’abord, je n’avais pas envie de faire la route seule. Ensuite, je ne voulais pas me retrouver seule à la maison. Enfin, j’appréhendais négativement d’aller travailler parce que ça faisait longtemps et je n’aimais pas l’idée de me retrouver avec mes collègues que j’apprécie mais qui ne sont pas ma famille avec qui je venais de passer deux semaines 24 heures sur 24 et je n’étais pas prête à me retrouver dans un laboratoire où tout va beaucoup trop vite. C’est clair? Bref, j’ai décidé de ne pas monter à Chicoutimi la veille. J’allais partir le lendemain matin à 7h. Avec ma maman. Oui, ma gentille maman s’est levée à 6h30, a fait 1h15min de voiture pour aller porter sa grande fille de 20 ans au travail, a passé la journée en ville, est revenue la chercher à la fin de sa journée et a refait 1h15min de route pour retourner au chalet avec elle. Si un jour vous êtes angoissé et faites quelque chose que vous trouvez gênant, vous penserez à moi…
Partie intermittente : la panique
J’avais débuté l’écriture de mon article relativement d’avance. Cela dit, il s’est passé un phénomène méconnu impliquant probablement l’alignement des astres et le nombre de millilitres dans une goutte et pouf! J’ai maintenant dépassé la date limite pour remettre mon article de deux semaines. Non mais qui a choisi cette date? Sûrement pas moi… Bref, je publie ce journal dans moins de 5 jours et tout est presque prêt sauf ce foutu article.
Détrompez-vous, il est suffisamment long (vraiment, je me suis emballée dans mes histoires), mais il n’a pas vraiment de fil conducteur. Oui, bon, au début, j’avais dit que j’allais baser l’article sur le livre, mais je suis à la page 117 sur 180, elle est rendue à me parler de phytothérapie et je ne sais pas si je vais avoir le temps de finir ma lecture ou même si ça me tente. Je panique (au passage, je vous mets au défi de trouver quelles parties du texte j’ai écrites ce soir-là.).
Respire Jadou. Respire.
Après avoir respiré et mangé trop de Mini Eggs pour l’heure qu’il est, je vous explique la stratégie.

Partie 3 : Vaincre l’anxiété dans des circonstances particulières
J’ai finalement décidé de finir le livre. Ce n’était pas très long. C’est un livre de poche et l’écriture est assez grosse. Je n’étais pas très rationnelle hier soir…
Pour la dernière partie de son livre, Amélia parle de l’anxiété dans des circonstances particulières comme l’enfance, l’adolescence, la grossesse, la parentalité et avant un examen. Tiens, tiens. Êtes-vous prêts à entendre ses trucs pour se préparer aux examens?
« Si vous écoutez les cours, et si vous relisez vos notes le soir même avant le coucher, vous favoriserez la mémorisation. […] Le week-end suivant, réalisez une fiche synthétique pour chaque cours auquel vous avez assisté. » Bien oui, ça me tente de relire mes trois cours de 150 diapos le soir-même quand j’ai d’autres devoirs à faire et un autre examen dans deux semaines. « Les deux mois précédant les examens, il faut s’efforcer de passer en mode révision. De ce fait, organisez-vous de façon à réviser assez longtemps à l’avance. » Et si j’ai deux mois entre mes deux périodes d’examens, je fais quoi? Je suis en mode révision 12 mois par année? « L’heure n’est plus à la procrastination : ce qui doit être fait aujourd’hui ne peut être reporté au lendemain. Respectez votre programme de révisions sans vous poser trop de questions. C’est votre tâche du moment et elle doit être effectuée. Alors foncez! »
…
Je n’ai même pas de commentaires.
Bon, malgré toutes les belles intentions derrière ces trucs, je ne crois pas que ça soit réaliste pour notre situation. En tous cas, pas pour moi. Non merci pour ces trucs.
Autre partie intermittente : le dîner-causerie
Je vous ai glissé que j’étais allée au dîner-causerie sur l’anxiété. Ça, c’est un bon truc. Si vous n’en aviez pas entendu parlé, ce sont des dîners organisés par notre intervenant de proximité où huit étudiant.e.s de pharmacie peuvent discuter informellement de leur anxiété et de leurs difficultés.
Ce que j’ai retenu de mon dîner : ça fait du bien d’en parler.
Ou de ne pas en parler, mais d’être là et d’écouter. J’ajouterais à la conclusion de ce texte que l’important est de trouver ses propres trucs. Nous ne ferons pas tous une heure de méditation par jour, sept heures de sport par semaine, trois fois cinq minutes de cohérence cardiaque, nos étirements quotidiens, du temps avec nos ami.e.s et notre famille, regarder un film, écouter de la musique, écrire des poèmes, du coloriage, du jardinage, de la lecture… Non, nous ne ferons pas tous cela religieusement.

Lorsque j’ai décidé de rejoindre le journal, c’était avant tout parce que j’aime écrire. J’aime écrire, parce que lorsque j’écris, la réalité n’existe plus. Mes devoirs et mon étude n’existent plus. Le fait que j’écris des choses personnelles dans un article qui sera potentiellement lu par mes collègues de classe n’existe plus. Je pourrais dire que c’est un de mes trucs à moi pour combattre l’anxiété.
En même temps, je le fais aussi pour partager. Partager ce que je vis pour peut-être en aider quelques-uns à se sentir moins seul. Je ne l’avais pas spécialement fait au journal jusqu’à présent. Mais maintenant… Voilà. Juste pour vous, l’essence même de pourquoi j’écris dans ce journal. En espérant que vous aurez ri – ou du moins souri? – je vous envoie beaucoup d’amour et du courage pour survivre à cette fin de session. N’oubliez pas : vous n’êtes pas seuls à vivre des difficultés. N’hésitez pas à en parler! (Ça peut être à un ami, pas obligé d’être dans le journal facultaire.)
Ah! Et au cas où ça vous tortillait l’esprit de savoir où j’en étais rendue presqu’un mois plus tard : j’ai fini ma fiche de diabète, mais je n’ai toujours pas écouté le cours sur les pathologies de l’œil.

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