Par Nathalia Torres-Avelar
Cet article a été publié dans l’édition d’hiver 2024
En revenant de notre premier stage de trois semaines, j’ai entendu quelqu’un raconter à quel point ça s’était bien déroulé. Je l’ai aussi entendu mentionner qu’elle avait eu le temps d’étudier, de bruncher avec ses amies, d’aller au gym six fois par semaine, de manger des repas équilibrés et d’apprendre à jouer du piano. Bon, l’histoire du piano, c’est moi qui l’a inventée, mais pas le reste! Et le reste, c’est déjà beaucoup. Étudier? Sortir? Faire du sport régulièrement? Pendant un stage? I wish…
Pour moi, un stage de trois semaines, c’est d’avoir l’excellente mauvaise idée de participer au demi-marathon de Montréal 24 heures avant le jour J. C’est donc de commencer mon stage avec des symptômes de rhabdomyolyse, d’insuffisance rénale aiguë et de coup de soleil. C’est aussi d’essayer de mentionner mon exploit (la course m’a coûtée 95$ plus taxes, il faut bien que j’en parle dès que l’occasion se présente) à mon CEC en espérant qu’il soit très impressionné (hehe) et m’offre de travailler dans le bureau pour que je puisse m’asseoir. Évidemment, c’est aussi que rien de cela ne se produise et que le seul moment où je peux m’asseoir est lorsque je vais aux toilettes. Sauf que quand je vais aux toilettes, je dois faire un «squat», donc ça ne compte pas.
Pour moi, un stage de trois semaines, c’est d’avoir l’excellente mauvaise idée de m’acheter un tabouret « ergonomique » à 85$ sur Marketplace et de l’amener à la pharmacie (ok, c’est extrême, mais je suis prête à tout pour sauver le peu de cartilage qu’il reste dans mes genoux). C’est de revenir de ma pause-dîner avec le sourire aux lèvres et un tout petit morceau de persil entre les dents (j’ai mangé du tabouleh) puis d’être sidérée, horrifiée, « bamboozeled »! en voyant une ATP assise confortablement sur MON trône a.k.a. MON tabouret-ergonomique-à-85$-acheté-sur-Marketplace. C’est de la voir y prendre racine et ne pas le quitter de la journée. C’est donc de partir le soir avec mon tabouret, le mettre dans l’auto, le ramener le lendemain et quand même le laisser dans l’auto par peur que quelqu’un d’autre ne s’en serve. C’est de me demander, au moment même où j’écris ces mots, où se trouve ce foutu tabouret-ergonomique-à-85$-acheté-sur-Marketplace? Probablement encore dans l’auto.
Pour moi, un stage de trois semaines, c’est d’avoir l’excellente mauvaise idée de prendre beaucoup trop à cœur les « missions » que me donne mon CEC. C’est de sprinter comme s’il n’y avait pas de lendemain lorsqu’il me demande de rattraper un client. C’est donc de me retrouver dans le parking, tachycarde et dyspnéique, alors que le client n’est même pas encore sorti de la pharmacie. C’est de revenir un peu gênée d’avoir été aussi intense, mais fière parce que, wow, je cours tellement vite (est-ce que j’ai déjà mentionné que j’ai couru un demi-marathon?) C’est de retrouver le client dans la rangée cinq, puis de remarquer qu’il a un côté du visage affaissé et de la difficulté à parler. C’est de penser qu’il est en train d’avoir le plus gros AVC de l’histoire de la rangée cinq de cette pharmacie. C’est de me sentir un peu (très) ridicule lorsqu’il me rassure en me disant « Relax, c’pas un AVC. J’viens d’me faire enlever les dents de sagesse ».
Bref, pour moi, un stage de trois semaines, c’est de vivre une super belle expérience remplie de péripéties et de belles rencontres. Par contre, c’est aussi d’être complètement drainée après chaque journée. C’est de rentrer chez moi et de devoir me coucher par terre avec les jambes surélevées pour guérir mon œdème des membres inférieurs. C’est de ne pas avoir l’énergie pour me faire un lunch pour le lendemain, pour étudier ou pour m’entrainer. C’est d’avoir besoin de six semaines de vacances pour me remettre de trois semaines de stage. Mais bon, ce n’est pas grave, je vais m’habituer. De toute façon, il n’en reste pas beaucoup, des stages. Si je me fie à la séquence qu’on a reçue récemment, il en resterait juste…
Neuf? Neuf stages de trois semaines?
AHHHHHHHHHH!

Laisser un commentaire