Par Yasmin Awad
Cet article a été publié dans l’édition d’été 2023
Chers lecteurs et lectrices, vous avez sans doute entendu jaser de l’Ozempic au courant des derniers mois, puisque ce médicament vit présentement ses 15 minutes de gloire, notamment dans le monde d’Hollywood. Les rumeurs se multiplient avec des noms de célébrités qui s’en injectent, comme les Kardashian. Puis, parallèlement, les silhouettes minces se font de plus en plus remarquer et ce pour différentes raisons souvent non médicales, que ce soit pour ramener une ancienne mode à la vie, le Skinny Culture ou pour fitter dans des rôles de projets de film.
Sans surprise, cette vague de popularité n’a pas épargné les Canadiens. Au courant de mes stages, j’ai remarqué de nombreuses prescriptions d’Ozempic se faire renouveler quotidiennement (un peu trop même puis-je dire). On pouvait servir jusqu’à une trentaine d’injections par jour, alors qu’il n’y a même pas 2 ans, je voyais ce stylo plutôt passer ses journées à chiller sur les étagères du réfrigérateur du labo.
Aujourd’hui, je vous parle de ce produit puisque tout récemment, il s’est retrouvé entre les mains d’un proche de famille, après avoir été prescrit comme traitement pour le diabète. Étant ignorante de ce médicament, ceci m’a amenée à me questionner sur son réel usage. J’ai donc décidé d’effectuer une petite recherche pour mieux le comprendre. Et me voilà à partager avec vous ce que j’ai appris au travers de mes lectures.
Qu’est-ce que l’Ozempic?
L’Ozempic est le nom commercial de la molécule de sémaglutide, qui mime une hormone que notre corps sécrète au niveau de notre tractus gastro-intestinal, la GLP-1. Celle-ci est activée quelques minutes après avoir mangé et vient notamment stimuler la sécrétion d’insuline par les cellules β du pancréas en présence de glucose, en plus d’inhiber celle du glucagon.
Normalement, lorsque le glucose est absorbé par les cellules pancréatiques, il y a formation d’un potentiel d’action, ce qui s’en suit par une dépolarisation qui ouvre les canaux calciques. L’entrée de calcium fera libérer de l’insuline dans le sang par exocytose.
Conséquemment, le niveau de glycémie diminue avec un usage régulier de l’Ozempic. vient donc augmenter la libération d’insuline. Cette diminution se reflète sur la concentration de l’HbA1c, qui devient moindre lorsqu’évaluée par une prise de sang, montrant un bon contrôle de la glycémie. La drogue a par ailleurs été approuvée par Santé Canada pour traiter le diabète de type 2 (DT2), que ce soit sous forme d’injections ou de comprimés (sous le nom commercial de Rybelsus). Elle figure même parmi les meilleures classes de médicaments pour traiter cette condition. Plusieurs études ont observé aussi un effet cardioprotecteur avec la prise de l’Ozempic chez les diabétiques ayant un risque de problèmes cardiaques. Ainsi, le développement de maladies cardiovasculaires et les décès sont diminués. En plus de son efficacité, l’Ozempic présente généralement un bon profil d’innocuité, avec des effets indésirables communément gastro-intestinaux assez légers qui peuvent éventuellement se résoudre d’eux-mêmes (nausées, vomissements, diarrhée). Quelques cas de réactions graves ont toutefois déjà été rapportés, dont des pancréatites et des néphrites, en plus d’augmenter les risques de cancer de la thyroïde (selon une étude menée sur les rongeurs). Il demeure ainsi sage de consulter un professionnel de la santé quant à la prise du sémaglutide surtout en présence d’antécédents médicaux ou familiaux.
Si l’Ozempic semble être bénéfique pour les diabétiques, pourquoi y a-t-il encore autant de monde en bonne santé qui le prend?
Bien qu’une grande clientèle diabétique se fait prescrire le sémaglutide, il reste que de nombreuses personnes en santé le prennent régulièrement. En fait, les effets bénéfiques ne se limitent pas uniquement aux gens atteints du DT2. Ce principe actif vient aussi retarder la vidange gastrique et rallonger la sensation de satiété, ce qui vient réduire l’apport énergétique.
Ainsi, les patients médicamentés mangeront moins, ce qui résulte en une perte de poids. Cet effet peut être notamment intéressant pour les individus diabétiques souffrant d’obésité, puisque ce surpoids est généralement fortement associé à leur condition de santé. Cependant, ce bénéfice attire aussi un bon nombre de citoyens sains, d’où l’exploitation de cette molécule par les grandes personnalités américaines. La perte de poids semble être un objectif atteignable sans changer notre style de vie.
D’ailleurs, la FDA et Santé Canada ont approuvé un traitement de sémaglutide indiqué spécifiquement pour la perte de poids « non esthétique » sous le nom de Wegovy. Plus spécifiquement au Canada, cette approbation a vu le jour le 21 novembre 2021, mais il n’est toujours pas disponible sur le marché. Ce qui différencie ce médicament de l’Ozempic est la dose administrée de principe actif qui est plus élevée pour la présente indication, soit de 2.4mg par semaine. L’accès à cette thérapie demeure toutefois fortement réglementé dans les pays qui le servent, comme la France.
Est-ce que je devrais vraiment prendre de l’Ozempic pour la perte de poids?
Cette question peut sonner débile, mais je crois que cela demeure important d’y répondre. La publicité qui circule autour de ce médicament devient de plus en plus maladive, au point d’en voir sur les panneaux publicitaires bordant les autoroutes de Montréal (oui j’étais assez choquée de voir cela aussi). Tout ce buzz créé semble encourager un bon nombre d’individus à se le procurer sans nécessairement s’en informer et avec l’espoir de perdre quelques kilos sans vraiment changer leurs habitudes de vie, ce qui n’est pas complètement vrai.
Comme discuté précédemment, bien que le sémaglutide soit sécuritaire de manière générale, les risques d’effets secondaires ne sont pas nuls, surtout dépendamment de l’état de santé de l’individu qui veut le prendre. De plus, il a été prouvé qu’après un arrêt de prise de l’injection, le poids perdu peut être regagné, ce qui démontre une efficacité éphémère si l’on ne maintient pas de manière concomitante une bonne diète ni l’exercice physique. Un effet rebond aurait même été observé au courant d’une étude scientifique menée à Liverpool, GB et publiée dans Diabetes, Obesity and Metabolism, où les patients ont repris le 2/3 du poids perdu 1 an après l’arrêt du traitement. Personnellement, je crois qu’en améliorant simplement ses habitudes de vie, l’objectif de perte de poids peut être atteint (et je dis cela pour une personne qui ne présente aucun problème de santé). Les bénéfices qui en découleront iront même au-delà de la perte de poids, soit en prévenant le développement de multiples maladies en plus d’améliorer la qualité de nos activités quotidiennes et notre santé mentale.
L’Ozempic figure parmi la liste des médicaments d’exception de la RAMQ. Il peut être couvert en respectant notamment la condition suivante : être diabétique. La Régie ne rembourse toutefois pas le médicament s’il est indiqué pour la perte de poids. Certaines compagnies d’assurance privées comme Industrie Alliance ont pris la même décision.
Par ailleurs, nombreux sont les professionnels de la santé qui rappellent que le sémaglutide est prescrit pour des conditions médicales chroniques diagnostiquées : le DT2 et l’obésité. Ces derniers comptent parmi les maladies les plus dévastatrices mondialement, pouvant détériorer l’état de santé de manière irréparable Santé Canada a recensé jusqu’à présent 30 plaintes contre les publicités d’Ozempic… et causer la mort. Un des principaux enjeux soulignés par les professionnels de la santé (revoir article de Kathy) ainsi que le fabricant est la pénurie des stylos, qui est en partie causée par un potentiel mésusage et contournement de la réglementation, ce qui empêche les gens dans le réel besoin d’y avoir accès. Une phrase qui résume bien le contexte est la suivante : « [L’Ozempic] n’est pas approuvé pour quelqu’un qui veut perdre 10 à 15 livres afin qu’il puisse s’adapter à un maillot de bain ou à un smoking ou autre » (Dr Lexchin, cité du journal Le Devoir, 2023, référence #11).
Il ne faut pas non plus oublier les coûts associés aux injections de sémaglutide. En jetant un coût d’œil sur les prix présentés sur RxVigilance, un stylo d’Ozempic peut coûter un peu plus de 200o pour un mois de service. En suivant plutôt des mesures non pharmacologiques, cela peut possiblement nous sauver des sous.
RÉFÉRENCES
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10. Jean-Daniel Lalau. Professeur de nutrition. Ozempic et perte de poids : Les risques derrière le mauvais usage de Cet antidiabétique [Internet]. 2023 [cité le Jun 22 2023]. Disponible sur: https://theconversation.com/ozempic-et-perte-de-poids-les-risques-derriere-le-mauvais-usage-de-cet antidiabetique-202889#:~:text=La%20perte%20pond%C3%A9rale%20est%20donc,modification%20du%20mode%20de%20vie
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