Le défi de l’adhésion au traitement

Par Chloé Contejean 

Cet article a été publié dans l’édition d’automne 2022

Selon un rapport effectué par Scripts Canada, 44% des patients qui prennent un seul  médicament sont non-observant. Lorsque le  patient prend deux médicaments, ce  pourcentage grimpe à 58%. La non-adhésion  au traitement est donc un problème sérieux et  très fréquent qu’on se doit d’aborder. Quels  moyens peut-on mettre en place pour favoriser  l’adhésion chez nos patients?  

D’abord, plusieurs raisons peuvent  expliquer qu’un patient ne prend pas de façon  adéquate son traitement. Selon l’OMS, la non adhésion peut provenir de 5 facteurs, que l’on  peut classer comme suit : 

1. Facteurs sociaux et économiques (ex.  coûts liés aux soins); 

2. Facteurs liés au système de soin et au  professionnel (ex. continuité des  soins); 

3. Facteurs liés à la pathologie (ex. absence de symptômes); 

4. Facteurs liés à l’usager (ex. motivation); 

5. Facteurs liés au traitement (ex. complexité du traitement). 

Parmi ces facteurs, on peut également classer  ceux qui sont : 

1. Non-intentionnels (capacités et  ressources limitées); 

2. Intentionnels (manque de motivation,  obstacles cognitifs et émotionnels). 

On voit bien qu’il existe une panoplie de  raisons pour laquelle un patient serait non observant à sa thérapie médicamenteuse. On  comprend donc bien l’importance d’utiliser  une approche personnalisée et à l’écoute du  patient lors des suivis d’adhésion, plutôt que de  procéder de façon standardisée. Au  questionnaire, adopter une attitude de non jugement, en posant des questions ouvertes,  pourrait permettre de mieux déceler les raisons  sous-jacentes au manque d’adhésion. Ensuite,  la réponse du pharmacien pourra être adaptée aux besoins du patient et sera plus susceptible d’être efficace. 

Après avoir identifié les raisons derrière le  manque d’adhésion, le clinicien doit alors adopter une démarche efficace et personnalisée  pour palier à ce problème. Chez un patient  pour qui les facteurs sont non-intentionnels,  comme des contraintes sociales et  économiques ou liées au système de soin, les  démarches seront plus techniques et  chercheront à aider le patient à avoir accès au  plus grand nombre de ressources possibles.  Pour les facteurs intentionnels, comme ceux  liés à l’usager ou au traitement, l’approche la  plus efficace est l’entrevue motivationnelle.  

L’entrevue motivationnelle est une  méthode qui favorise l’implication du patient  dans la discussion et qui stimule sa motivation  de changer un certain comportement. On aide  donc le patient à trouver lui-même des raisons  qui le motivent à effectuer ce changement. La  motivation ne doit donc pas venir du clinicien,  mais du patient lui-même pour que  l’intervention soit efficace et durable dans le  temps. Ce concept n’est pas propre au domaine  de la médecine, et son efficacité a été prouvée  par de nombreux experts du comportement  humain. 

En effet, cela revient à la théorie de  l’autodétermination et aux trois principaux  types de motivations selon Deci et Ryan (2002) : 

1. La motivation intrinsèque; 

2. La motivation extrinsèque;  

3. L’amotivation. 

La motivation extrinsèque renvoie à la  pratique d’actions effectuées pour des raisons  externes, comme la punition ou l’obligation  sociale. La motivation intrinsèque, quant à elle,  s’agit d’effectuer des actions de façon  volontaire, spontanée et sans aucune  récompense externe. L’amotivation est  l’absence de motivation. Plusieurs études ont  été menées sur les conséquences de ces niveaux  de motivation dans le comportement  d’individus. De façon générale, les personnes  posant des actes intrinsèquement motivés font  preuve d’une meilleure adversité et d’une plus  grande persévérance dans le temps. Nous  avons donc tout intérêt à favoriser ce type de  motivation chez nos patients.  

Or, comment pouvons-nous favoriser  l’apparition de motivation intrinsèque chez les  patients non-adhérents, qui ne sont pas  motivés à prendre leur traitement? Quelques  techniques peuvent être utilisées pour  promouvoir ce comportement. En santé, un  comportement à favoriser pour permettre aux  patients de se motiver eux-mêmes est  l’autonomie. Le patient doit se sentir impliqué  dans son traitement et doit sentir que le choix  de prendre le traitement et les conséquences  que cela engendre lui appartiennent. Il doit  également pouvoir se fixer lui-même des  objectifs atteignables et guidés par notre  expertise clinique. Cependant, cette autonomie  ne peut être atteinte si le patient n’est pas  adéquatement renseigné sur sa pathologie et  son traitement. Il est donc de notre  responsabilité de donner au patient toute  l’information nécessaire afin l’importance d’une bonne adhésion à un traitement. Il  pourra ensuite lui-même constater de ce fait. 

En conclusion, l’adhésion au traitement  est un élément à ne pas sous-estimer dans notre  pratique. Évidemment, l’achalandage et la  réalité actuelle de la pharmacie ne nous  permettent pas de consacrer énormément de  temps aux suivis d’adhésion. Toutefois, garder  en tête les multiples facteurs possibles derrière  la non-observance, en plus des principes  derrière l’entrevue motivationnelle, pourrait  permettre aux pharmaciens de faire des  interventions beaucoup plus efficaces. 

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