Par Cassandra Sarro
Cet article a été publié dans l’édition d’automne 2023
À la mémoire d’Onyx, le chat le plus affectueux que j’aie connu. Tu es et seras toujours aimé. ♥
Après une longue journée d’étude en pharmacie, de retour à la maison, vous ouvrez la porte et un compagnon mignon vous y attend. Votre chien, votre chat ou même votre lézard vous accueille, heureux de vous revoir. Parfois, c’est tout ce qu’il faut pour nous remonter le moral. Ces petites bêtes sont si importantes à nos yeux. Parfois (souvent), quand j’essaie d’étudier, je me retrouve avec une boule de poils sur mon clavier qui me regarde et qui ronronne. Je ne peux pas résister à la flatter ! Ces ronronnements, en plus d’être très mignons, peuvent avoir des bienfaits pour nous.
Pourquoi les chats ronronnent-ils?

Le ronronnement est un moyen de communication parmi différents sons pour le chat. Il exprime une vaste gamme d’émotions. En effet, bien que nous ayons tendance à associer le ronronnement à un sentiment de bien-être et de bonheur qui survient lorsque nous caressons notre animal, un ronronnement est également émis par le chat en cas de douleur ou de peur. Il s’agit d’une façon pour l’animal de se calmer lui-même. Certains experts croient même que les fréquences sonores du ronronnement peuvent aider à la guérison osseuse lorsque l’animal est blessé. Nous y reviendrons plus tard.
Lorsqu’il est un chaton, le petit ronronne au moment de la tétée. La maman répond fréquemment par un ronronnement elle aussi. Toutefois, passé ce stade du développement, le chat ne ronronne plus seul ou en compagnie d’autres chats pour montrer son contentement. Les éthologues, soit les spécialistes du comportement animal, ont découvert que le ronronnement est une action volontaire. Ainsi, le ronronnement heureux du chat se produit uniquement en présence des êtres humains. Il s’agit de leur moyen de nous communiquer leur appréciation des caresses.
Le saviez-vous? Les chats ne sont pas les seuls félins à ronronner. Les lynx, pumas et guépards sont également des félins ayant cette capacité. Au contraire, les pantherinae, comme les lions, les tigres et les léopards ne ronronnent pas malgré leur capacité à faire un son qui peut parfois être semblable.
Comment les chats produisent-ils ce son?
Le ronronnement demeure en partie un mystère. Plusieurs hypothèses sont émises sur la véritable explication de ce son. Les ronronnements des chats sont émis lors de situations très positives ou négatives pour le chat. Dans ces conditions, l’hypothalamus sécrète des endorphines qui stimulent le « centre ronronnement » dans le cerveau félin.

Auparavant, il était cru que le son du ronronnement provenait de la circulation sanguine du chat, plus précisément de la veine cave inférieure. Depuis, la croyance la plus acceptée est que le son est formé par de rapides contractions musculaires du larynx. Ces contractions de 20 à 30 mouvements par seconde causeraient l’ouverture et la fermeture rapide des cordes vocales et, par conséquent, le son du ronronnement lors de l’inspiration et l’expiration. Cette hypothèse est soutenue entre autres par l’absence de ronronnement chez les chats ayant une paralysie laryngée. Une nouvelle étude de l’Université de Vienne (2) qui bouleverse ces connaissances a été publiée très récemment dans la base de données ScienceDirect . Sans complètement réfuter les hypothèses précédentes, des chercheurs ont découvert de nouveaux aspects. En plus de démontrer que le larynx du chat peut émettre le son du ronronnement sans contraction musculaire ni influx nerveux, les chercheurs ont procédé à des coupes histologiques de larynx de chats. Ils ont observé sur ces coupes des structures particulières visibles uniquement au microscope. Ces structures, les « coussinets » (nommés pads par les auteurs), seraient l’élément clé à l’oscillation prolongée du larynx produisant les sons. Ces structures sont formées de cellules entrelacées, de vaisseaux, de glycosaminoglycanes, de fibres élastiques et de collagène. Elles peuvent atteindre une taille de 4 mm, mais aucune corrélation de taille n’a été établie avec l’âge ou le sexe de l’animal.
Et nous dans tout ça?
Le ronronnement du chat peut être exploité pour nous procurer des bénéfices au niveau de la santé physique et psychologique. C’est ce qui est appelé la « ronronthérapie », un terme attribué par le Dr Jean Yves Gauchet, vétérinaire originaire de Toulouse. Au moment de caresser votre chat et d’écouter les vibrations sonores, la production de sérotonine dans votre cerveau est augmentée. Cela est lié à des sentiments de bonheur et de relaxation. Ces bienfaits sont donc particulièrement intéressants chez les gens anxieux ou dépressifs. En tant qu’étudiante en pharmacie, j’ai cru entendre des échos m’indiquant que certains étudiants vivent du stress… Peut être qu’un petit compagnon est ce qu’il vous faut !
La fréquence de vibrations
En plus d’avoir des bienfaits sur l’humeur, le ronronnement peut également améliorer la guérison osseuse, la tension artérielle et la relaxation musculaire. La fréquence de vibrations des ronronnements du chat se situe entre 24 et 140 hertz. Pour les lecteurs avec une oreille musicale, la fréquence fondamentale du ronronnement est de 24 hertz et ses harmoniques montent jusqu’à 140 hertz. Nous pouvons percevoir ces fréquences avec nos tympans, mais également avec les corpuscules de Pacini au niveau de la peau.Ces derniers nous permettent de ressentir les fréquences plus basses. Certaines études ont démontré que les fréquences vibratoires entre 30 et 50 hertz peuvent être bénéfiques chez les humains pour augmenter la performance musculaire, diminuer la tension musculaire et accélérer la guérison osseuse. Elles ont fait l’objet d’études chez des patients en réhabilitation et chez des sujets sains. Ainsi, le ronronnement de votre chat pourrait avoir un effet direct sur votre santé. Cela explique également que les chats ronronnent fréquemment lorsqu’ils sont blessés: ils utilisent les fréquences de leur ronronnement pour accélérer leur guérison.
Le chat et l’humain, une longue histoire
La cohabitation des chats et des humains ne date pas d’hier. Il faut remonter à il y a plus de 8 000 ans, dans un contexte de culture agricole, en Mésopotamie. La domestication des chats a vu le jour de façon autonome. En effet, les chats se sont approchés de la civilisation humaine pour attaquer les rongeurs attirés par la nourriture, formant ainsi une relation de mutualisme. La plus vieille preuve connue à ce jour d’un lien entre un humain et un chat a été découverte en 2004. Il s’agit d’ossements d’un chat qui ont été enterrés avec un homme, datant de plus de 5 300 ans. Les chats ont ensuite été accueillis dans de nombreuses civilisations. Certaines, comme l’Égypte antique, ont accordé une grande symbolique et ont vénéré cet animal. Un proche parent des anciens chats domestiques de l’Égypte antique est le Felis silvestris libyca, le chat sauvage africain. Ce dernier est considéré comme l’ancêtre lointain de la majorité de nos chats domestiques aujourd’hui.

Le saviez-vous? Les Égyptiens ne différenciaient pas les chats sauvages des chats domestiques dans leur langage, ni les différents chats sauvages. Selon l’écriture hiéroglyphique, miw était l’onomatopée utilisée pour indiquer « celui qui miaule ». Il représentait donc l’ensemble du genre Felis.
Le chat a été, au fil des âges, un animal profitant grandement aux humains. Autrefois pour protéger les récoltes, il nous apporte aujourd’hui du bonheur et de la santé. Prenez le temps d’y réfléchir la prochaine fois que vous aurez la chance de passer un moment avec votre chat. Si vous n’avez pas de chat, je vous recommande alors de tenter un « café félin » ou d’emprunter le compagnon poilu de votre ami(e)!

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