Délirium. Du latin «délire» 

Par CDD 

Cet article a été publié dans l’édition d’été 2023

En l’honneur d’une question ratée en AMP8 et n’ayant pas trouvé de formation continue gratuite sur ce sujet, je vous offre un article de révision du délirium en milieu hospitalier pour cette édition de l’Impharmation été 2023

Bien que les nombreux examens du Pharm.D. soient certainement des facteurs de décompensation psychiatrique, ils ne sont pas officiellement reconnus comme tels. En théorie, hormis le fait d’avoir  atteint l’âge requis pour une inscription automatique à la RAMQ (65 ans), il y a plusieurs autres  facteurs de risques. Les lectrices ne seront pas surprises d’apprendre que le simple fait d’être un homme soit dans la liste des facteurs prédisposants. Cette liste s’allonge par la présence d’un  problème visuel ou auditif, une malnutrition ou une déshydratation, l’alcoolisme, la dépression, la  démence, etc. Ce sont donc d’autres facteurs à prendre en compte lorsque l’on fait travailler notre  jugement clinique. 

Un sympathique truc mnémonique a même été développé pour aider les professionnels de la  santé à identifier les facteurs pouvant précipiter un délirium: I WATCH DEATH, rien de moins. Malgré  les efforts du gouvernement du Québec pour nous sensibiliser au respect de la langue française  avec sa publicité sur le Faucon pèlerin en mars dernier, l’anglais est ici fort utile encore une fois. Le  tableau 1 est une semi-adaptation française. Je vous invite à consulter le site http://www.icudelirium.org dans la section terminology & mnemonics pour avoir plus de détails et y voir d’autres  propositions telles que THINK, Dr. DRE, DELIRIUM, COCOA PHSS…

Tableau 1 : Je regarde la mort 

InfectionLes infections sont les causes les plus fréquentes de délirium chez les personnes  âgées. 
WithdrawalLe sevrage d’alcool mène parfois à un delirium tremens. Le sevrage de benzodiazépine  figure aussi dans les causes probables. 
Acute metabolicPerturba5ons métaboliques aiguës telles qu’un déséquilibre du pH ou des  électrolytes, une insuffisance hépatique ou rénale…
TraumaLes traumatismes à la tête, les interventions chirurgicales, les syndromes coronariens  aigus…
CNS pathologyLes atteintes du système nerveux central incluent les convulsions, les tumeurs, une  hémorragie…
HypoxiaLes hypoxies peuvent être causées par une anémie, une intoxication au gaz  carbonique, une hypotension, une embolie pulmonaire, une insuffisance cardiaque…
DeficienciesDéficits en certaines vitamines telles que la B1 (thiamine), B3 (niacine), B9 (folate),  B12 (cobalamine)…
EndocrinopathiesDéséquilibres endocriniens; glycémique, thyroïdiens, parathyroïdiens ou  adrénocortical.
Acute VascularLes atteintes vasculaires telles que les arythmies, les hypotensions, les accidents  cérébraux vasculaires, vasculite cérébrale… 
Toxins or drugs Les intoxications aux pes5cides, les solvants, les médicaments et les drogues.
Heavy Metals* Les métaux lourds tels que le fer, le manganèse, le mercure…

*Iron Maiden not included  

Bien que nous soyons dans le Pharm «D», c’est surtout le «T» ici qui nous concerne. Les  médicaments présentés dans le tableau 2 sont listés comme étant plus à risque de provoquer un  délirium selon les critères de Beers. Outre l’implication du pharmacien concernant les médicaments  à risques, les équipes traitantes devraient toujours garder en tête ces quelques mesures  préventives lors de l’admission d’une personne âgée ayant des facteurs de risques de délirium :  favoriser une bonne hydratation et alimentation, surveiller l’équilibre des électrolytes et bien  contrôler la douleur, si applicable.

Tableau 2 : Liste non exhaustive des médicaments à utiliser avec prudence chez les personnes à  risque de développer un délirium

AnticholinergiqueLe potentiel anticholinergique est tellement important qu’il se mérite un tableau entier; voir tableau 3. 
AntipsychotiqueBien que les antipsychotiques sont aussi indiqués pour le traitement du délirium dans  certains cas, il est possible qu’ils en soient la cause initiale. 
Benzodiazépine (BZD) Ce sont souvent des médicaments prescrits pour les problèmes de sommeil. Dans ces  cas-là, les mesures non pharmacologiques concernant l’hygiène du sommeil sont  importantes. La mélatonine est à privilégier. Les hypno5ques en Z n’étant pas remboursé  par la RAMQ, c’est souvent les BZD que l’on retrouve dans les dossiers. De ceux-ci, le lorazepam, l’oxazepam et le témazépam sont préférables. En effet, ce sont 3 BZD dont le  métabolisme par conjugaison n’est pas affecté par le vieillissement. 
Hypnotique en Z
OpioïdeLa mépéridine est la molécule de cette classe la plus à risque de neurotoxicité. Toutefois,  des données émergentes font un lien entre les opioïdes et la survenue de délirium. Pour  mêler les cartes, la douleur non traitée est aussi un facteur pouvant déclencher un état  confusionnel. 
Corticostéroïdes Excluant les formes topiques et inhalées. 

Tableau 3 : Liste non exhaustive des médicaments à fort potentiel an5cholinergique

AntidépresseurAmitriptyline • Amoxapine • Clomipramine • Desipramine • Doxepine •  Imipramine • Nortriptyline • Paroxétine
Antiémétiques Prochlorperazine • Prométhazine
Antihistamines (première génération surtout)Brompheniramine • Chlorpheniramine • Cyproheptadine • Dimenhydrinate •
Diphenhydramine • Doxylamine • Hydroxyzine Meclizine • Promethazine •  Triprolidine
AntimuscariniquesDarifenacin • Fesoterodine • Flavoxate • Oxybutynin • Solifenacin •  Tolterodine • Trospium
Antiparkinsoniens Benztropine • Trihexyphenidyl
Antipsychotiques Chlorpromazine • Clozapine • Olanzapine • Perphenazine
AntispasmodiquesAtropine • Clidinium-chlordiazepoxide • Dicyclomine • Homatropine •  Hyoscyamine • Scopolamine
Relaxants musculaires Cyclobenzaprine • Orphenadrine

S’il n’y a qu’un seul critère à retenir de cette lecture, c’est que le potentiel anticholinergique d’un  médicament ou d’une combinaison de médicaments est à surveiller. Pour les autres catégories de  médicament, certains peuvent être essentiels pour le traitement d’une condition, il faut alors  garder en tête de traiter avec la plus petite dose efficace et la plus courte durée de traitement  possible.

Bien que l’ajout d’un de ces médicaments puisse être suffisant pour amener le patient dans un état  de confusion, le fait d’ajouter ≥ 3 médicaments en même temps, de provoquer une interaction  pharmacodynamique ou cinétique, sont aussi des facteurs de risque. 

De plus, certains médicaments bien tolérés peuvent devenir problématiques si l’état de santé du  patient change, soit via une perturba5on aiguë ou par le simple fait d’avoir vieilli. 

Évaluation ; car non, il ne suffit pas d’avoir l’air confus et dire des bêtises entre amis pour être  automatiquement considéré comme en plein « délire ». 

Il s’agit d’un diagnostic clinique qui repose sur la présence d’une altération de l’état de conscience et de l’attention. Ces deux groupes de symptômes incluent une désorientation, un trouble de la  mémoire et du système visuospatial, des propos incohérents, des comportements anormaux et un cycle éveil-sommeil perturbé. Le tableau 4 liste quelques-uns des outils validés pour l’évaluation  clinique du délirium, ce n’est pas détaillé étant donné que le diagnostic outrepasse nos  responsabilités en pharmacie. Toutefois, félicitations à tous nos collègues de l’AGEP qui nous  quitteront pour la médecine dès l’an prochain, et surtout, bonne chance. 😉

Tableau 4 : Liste non exhaustive des outils validés pouvant être utilisés pour l’évaluation clinique du  délirium

Confusion Assessment Method (CAM) Delirium Rating Scale-Revised-98 (DRS-R-98)
Méthode du 4AT Delirium Observation Screening (DOS) Scale
Observational Agitation and Seda5on Scale  (OSLA)Memorial Delirium Assessment Scale (MDAS)
Richmond Agitation and Sedation Scale  (RASS)DSM-5

Mesures non pharmacologiques :

Afin de favoriser le retour à la normale, il peut être utile de faire  des rappels fréquents du temps, de la date ou du lieu au patient, de l’entourer d’accessoires qui lui  sont familiers, tels que des photos des membres de sa famille, en favorisant une routine de sommeil  adaptée à leurs habitudes de vies, en favorisant la mobilisa5on dès que possible… 

Mesures pharmacologiques :

L’introduction d’un médicament n’est pas nécessaire dans tous les  cas. Ils deviennent toutefois une option pertinente lorsque les patients ont un délirium avec des  symptômes d’agitations, s’ils sont en psychose ou qu’ils mettent à risque leur sécurité ou celle des autres. Les antipsychotiques utilisés dans ces cas-là sont l’olanzapine, l’halopéridol et la quétiapine. Il est important d’analyser le risque vs les bénéfices avant d’introduire ces médicaments, car ils ne  sont pas sans risque. Par exemple, ils ont tous des propriétés sédatives mettant à risque de chute  les patients plus vulnérables, l’halopéridol est également un médicament susceptible de prolonger  l’intervalle QT. Les BZD sont à considérer pour certains patients seulement, par exemple, ceux  qui ont un délirium secondaire à un sevrage d’alcool ou de BZD, ceux souffrant du parkinsonisme  ou ceux ayant des symptômes réfractaires aux autres médicaments. Dans tous les cas, il faut  réévaluer le traitement régulièrement, introduire la plus faible dose efficace et s’assurer que le  patient est sevré avant sa sortie d’hôpital. Il y a d’autres modalités de traitement actuellement à  l’étude, telles que la combinaison halopéridol-lorazepam, la kétamine et la dexmedetomidine.  

Bien sûr, le retrait des médicaments potentiellement en lien avec l’apparition du délirium, lorsque  possible, est tout à fait indiqué. 

Alors, j’espère que vous avez apprécié ce texte. Malheureusement, l’OPQ refuse d’officialiser cette  présentation et aucun «UFC» n’y est rattaché. Toutefois, si cela vous intéresse de vous forcer à  réviser de cette façon, l’Impharmation est toujours à la recherche de nouveaux rédacteurs motivés! Si vous avez remarqué une erreur, veuillez nous aviser et je publierai une mise à jour sur le Facebook du journal.

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