Chronique d’une fille qui essaye

Par Nathalia Torres-Avelar 

Cet article a été publié dans l’édition d’automne 2023

5h AM. Pour aucune raison, mon cerveau décide que c’est l’heure de se réveiller. Pas  grave, je l’ignore. Je peux encore dormir deux heures. Sauf que ma vessie n’est pas du  même avis : je dois vraiment aller aux toilettes. Résiste Nath, résiste! Dans son cours sur  l’incontinence urinaire, Michel Gagnon avait parlé de rééducation vésicale : c’est le  moment d’essayer. Mais essayer quoi, au juste? Zut, j’ai déjà oublié ce qu’il avait dit.  Résignée, je sors enfin de mon lit. Est-ce que j’ai vraiment dit « résignée »? Wow, mais quel vocabulaire! C’est « magnifique », comme dirait Johanel d’Occupation Double. 

Tant qu’à être debout aussi tôt, je vais en tirer profit. Je vais arriver à l’école avant le  cours pour étudier parce que je ne suis vraiment (mais vraiment) pas à jour. Alors, je  m’active : déjeuner, brossage de dents, choisir un outfit à la mode (lol, c’est une  blague : un legging, ça va faire l’affaire), un peu de fard à joues pour ne pas avoir l’air  d’un cadavre et je suis prête. Wow, so fast

Tout d’un coup, plot twist. Moi qui pensais avoir été si rapide, il est déjà 7h38. Oops, ça  veut dire que je ne pourrai plus étudier avant le cours. Ça veut aussi dire que je n’ai que  cinq minutes pour attraper l’autobus. Cinq minutes? Ouin… c’est peu de temps pour  toutes les choses qu’il me reste encore à faire. Je dois encore mettre mes souliers,  mettre les lacets en petite boule dans le fond de mes souliers (parce que les attacher,  c’est beaucoup trop long), barrer la porte, débarrer la porte parce que je vais  probablement oublier ma LPU à l’intérieur, re-barrer la porte, re-débarrer la porte parce  que cette fois, c’est sûrement ma bouteille d’eau que j’aurai oubliée, échapper mes  clés, me pencher pour les ramasser, décider que, tant qu’à être penchée, attacher mes  souliers est un choix judicieux parce que je vais probablement devoir courir pour attraper le bus (LE bus, pas LA bus)… Bref, cinq minutes, ce n’est pas assez. Cinq  minutes, ce n’est pas assez parce qu’il est déjà 8h02 et que je ne suis toujours pas sortie  de chez moi. 

Update : il est 8h39 et je suis enfin devant mon local de cours. 9 minutes de retard? Il y  a de quoi être fière. Par contre, c’est trop tôt pour célébrer, le pire est encore à venir.  Problème #1 : le cours est déjà commencé. Le prof a donc déjà entamé son rap battle  contre lui-même. Il est probablement déjà rendu à la diapo 27. Ah oui, c’est sûr. C’est  sûr parce que je ne l’entends même pas respirer. Problème #2 : ce local n’est pas le 1245. Je ne peux donc pas entrer subtilement par la porte du côté. Dans ce local-ci, le  défi est de taille. Dès que je vais franchir la porte, j’aurai droit à un eye-contact d’au moins 17 secondes avec le prof. Ensuite, quand je vais monter les marches, j’aurai  d’autres eye-contacts non-désirés avec les premiers de chaque rangée. Ouin, non  merci, je passe mon tour. Alors, j’attends. J’attends un ou une sauveuse qui va arriver  encore plus en retard que moi, qui a bien du courage et qui s’en fout de rentrer une  fois le cours commencé. 

8h44. L’heure est venue, je vois mon sauveur qui s’avance vers la porte du local. Comme  quand j’étais à la maternelle et que je ne voulais pas que ma mère m’abandonne dans cet environnement hostile (bon, j’exagère… c’était fun la maternelle), je me colle  derrière le sauveur. Je n’ai pas mes lunettes, impossible de lui faire un shoutout. Si tu  lis ceci, sache que je t’aime. Hmm, non. C’est trop intense. Je me reprends : si tu lis ceci,  sache que tu es mon boyyyy. Oui, c’est mieux.  

On rentre dans le local. C’est lui qui fait le eye-contact awkward avec le prof. Moi, je me  concentre sur la tâche numéro deux. La tâche numéro deux, c’est la pire de toutes : trouver une place en moins de quatre secondes. Pourquoi? Parce c’est socialement  illégal de rester planté devant la classe et de fixer tout le monde pendant qu’on cherche  une place. Je me dirige donc directement vers le fond de la classe parce que selon mes calculs de probabilité-statistiques, c’est là que j’ai le plus de chance de trouver une  place. Je monte les marches tranquillement, une à la fois. Ce n’est pas le moment de  tomber. Une chance que j’ai attaché mes lacets. 

8h50. Tout va bien : j’ai trouvé une place, la chaise n’a pas fait trop de skouik-skouik quand je me suis assise et le zipper de mon sac n’a pas fait trop de bruit lorsque j’ai sorti mon iPad. Je suis enfin prête à entamer la journée. Je télécharge le PowerPoint du  cours et je demande à ma voisine où nous sommes rendus. « Diapo 60 ». Parfait. Je  trouve la fameuse diapo 60, mais le temps de le faire, nous sommes déjà à la diapo 67.  Pas de problème, je reste positive. Je rattrape la diapo 67, sauf que j’éternue. Zut.  Quelle erreur de débutante, quel mauvais timing. Les six secondes d’éternuement ont été suffisantes pour que le prof avance encore de quelques diapos. Lorsque je le  rattrape enfin, il nous dit avec son plus beau sourire (ou pas, je ne le connais pas assez  pour pouvoir me prononcer) et en parlant à un rythme normal (Aha! Je savais qu’il en était capable): « On prend dix minutes de pause ». Découragée, je regarde l’heure. 

Il est à peine 9h21. 

On est juste lundi. 

La semaine ne fait que commencer. 

Oh la la.

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